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MIX RAY SOUND !

lundi 7 mai 2018

JAM LOAD - Half the Story has been told

Synopsis : 


Sur les traces fictives d'un de ces nombreux groupes anonymes que la Jamaïque a essaimé pendant la période dorée du Reggae, un témoin nous fait part de l'autre moitié de l'histoire : 
En partant rechercher les Guests  en Jamaïque et ailleurs, il nous fait découvrir pourquoi et comment le Reggae s'est développé tout en restant unique. Prenant les chemins de traverse, il rend hommage à quelques autres grands noms oubliés, spoliés, dénaturés, ou simplement malchanceux... mais qui ont eux réellement existé !

ROMAN (Fiction) inspiré par la carrière des groupes et artistes de Reggae ayant vécu en Jamaïque, au Royaume Uni, aux USA et en France.

2012, 10th May / Eddie's notes (0:04) © S. SEGLAN (2017)  : 

Le choc. Sur cet extrait du vinyle enregistré en numérique mp3, on entend même la petite déflagration, après la lente descente progressive du diamant sur cette surface rêche, quand elle le touche, suivi des craquements familiers qui enrobent les premières notes de ce « Toughest bean » , un single 45 tours gravé il y a plus de vingt ans...
Dès le premier martèlement de caisse claire m'est revenu l'odeur sortant de l'armoire du studio de Channel One où s'entassait tout un tas de fils plus ou moins déstructurés, mais qui pouvaient sauver une prise. J'étais souvent chargé d'aller y chercher un raccord. Je n'ai plus entendu cet air là depuis 25 ans, alors que j'avais même participé à son enregistrement ! Très vite, des visages se forment, et sur le mien, une larme glisse. Je tape du pied dans le rythme. C'est magique. Des cris d'exclamation semblent sortir de ma barbe naissante, les yeux me piquent et je vois les membres des Guests devant moi :
Arthur, Louis et bien sur Andrew le chanteur, Vernon a la gratte, Lloydie aussi et Demba aux percussions. Et le terrible Rootsy quand il faisait le DJ, comme sur la fin de ce « Toughest Bean » ! A l'époque, les tubes qui poussaient la chansonnette jusqu'à faire intervenir un DJ à la suite étaient légions, mais sur un format long, en maxi 12''. Là, on avait poussé le vice à le faire rentrer avant les trois minutes du morceau. Pour l'instant le refrain plaintif est poussé au diapason par les trois premiers noms reconnus, et ce dès l'intro, dans le plus pur style du trio vocal jamaïcain. Je tend l'oreille pour me rapprocher et déceler le jeu de chacun des musiciens. L'enregistrement ? 1977, pas de doute là-dessus. L'ingénieur ? Ossie Hibbert, qui n'a pas non plus laissé poussé la Gloire autour de lui et reste un inconnu de la sphère Reggae. Mais un bon gars, presque honnête. 2 heures pour 3 morceaux, le vocal, le dub, et le morceau chanté sans le toast de Rootsy justement, une autre prise voix avec un autre texte, version inédite qui n'est jamais sortie. Qui est perdue. Qui n'aurait jamais existé... ? Mais qui était bien là dans cet esprit collectif qui nous unissait. Et qui nous a séparé ensuite …
« Everybody from the north and South, everyone must be your equal one, everybody from the east until the west, no one 'll succeed to be the best... ».

Ça y est, Rootsy se déchaîne et envoie le jus. Les guitares décollent et rassemblent quelques notes bleues sur un skank haché et des cocottes trépidantes. Ce n'est plus une larme mais une goutte lourde de transpiration qui coule sur ma joue, la chaleur tropicale a envahi mon salon malgré la clim hi tech que j'ai faite installé. A 2:30, le player s'arrête net. Le silence, le froid et la clim reprennent le dessus. Je sors une de mes cartes de crédit, appuie sur « buy it now » au dessous d'un montant à quatre chiffres. Peu importe, je m'écouterai la fin de ce titre très bientôt... Non, mieux, on se l'écoutera tous ensemble, j'irai les retrouver, ces « Guests », et ils seront surpris d'entendre leur morceau, et encore plus étonnés d'apprendre la côte de ce single dans le cercle des collectionneurs !

Roman à paraître.