mercredi 18 février 2009

Un héros pas comme les autres

Dur de devoir à chaque fois se repencher sur la vie d’un artiste, sa biographie et ses chansons, lorsque l’on apprend sa mort et qu’il faut en écrire un résumé posthume, un « Tribute » de plus adressé à toutes ces légendes ne vivant plus désormais parmi nous.
L’année la plus terrible pour moi fut il y a dix ans exactement, en plein essor du Reggae en France, et au moment où mon activité de disquaire était à son maximum : Tout juste de retour de Londres (pour affaires…), j’apprenais la mort du Prince Lincoln. Et si cette dernière année de fin de siècle commençait bien mal, cela laissait présager de la suite : Cynthia Schloss (la reine du lovers anglais), Earl Belcher (du jah love music sound system), Augustus Pablo, Junior Braithwaite (choriste de Marley), Junjo Lawes (le producteur), Dennis Brown, Mickey Wallace (chanteur de Chalice), Don Taylor (le manager de Bob), I-Roy, Joe Higgs, Clinton "tenessee" Brown (du groupe vocal les Silverstones), Jah Lion alias Pat Francis alias Jah Lloyd, Justin Yap (le producteur de Ska), Miss irie (de Saxon sound, sœur de Tippa Irie) et Sir Harry nous ont tous quittés en 1999, année noire pour le Reggae. Vous en trouverez ici les hommages qui leur sont réservés, dix ans après... mais commençons par le Prince ! C’est de manière posthume que j’ai donc vendu à la boutique son dernier opus auto-produit, « 21st century », à quelques dizaines d’oreilles émerveillées et réceptibles à sa vibration musicale toute personelle. Alors que j’avais raté moi même un rendez-vous avec lui, où je comptais partager toute l’excitation résultant de son récent come-back, après un bref contact donné par sa femme à la poissonerie qu’il faisait tourner en banlieue de Londres... Prince Lincoln Thompson n’était-il pas pécheur en Jamaïque, à ses débuts ?…
Surnommé Sax, pour son amour des chaussettes (socks - sax en patois) aux couleurs étonnantes, il a débuté au sein des Tartans (et deux tubes, « Dance all night » et « Lonely heartaches », souvent déclinés en compilations oldies), groupe fondé avec Devon Russell et Cedric Myton. Plus de précisions dans le numéro de Reggae Vibes n°4. C’est Pablov Black qui le ramenera quelques années plus tard en studio (au Studio 1!) mais le succés n’est pas encore au rendez-vous. Après s’être décidé à créer son proche label, God Sent, il put atteindre plus tard le public anglais gràce au travail de Mo Claridge, du label Ballistic, alors distribué par United Artists et presser en plus grosses quantités (et en maxi single) les enregistrements de lui et son groupe les Royal Rasses, effectués à la fin des années 70, tous dans la veine des Congoes ou Matumbi, souvent des titres de durée assez longues, avec effets dub et falsetto dans la voix... Au croisement du reggae jamaïcain et des sons reggae roots anglais de l’époque, le groupe fût élu meilleur groupe par le magazine Black Music. Porté par le succés de « San Salvador » en 1976, ils purent aussi s’offrir une tournée anglaise pour la promo de leur album « Experience », en Septembre 1979. Les Israelites en backing band, mené par Pablov Black, et avec Prince Jammy au contrôle, la date du Rainbow du 05 Octobre fut anthologique. Renommés Rasses pour ne pas confondre avec les Royals de Roy Cousin, aussi présents en Angleterre à la même époque, leurs deux premiers albums reçurent un acceuil fort prometteur, mais ont trop souvent été classés dans un certain registre d’avant-garde pop-jazzy reggae, comme un avatar du Reggae. Quand le chanteur Joe Jackson produisit le troisième, le sublime « Natural wild », personne dans le rock ne comprit la fusion, et personne dans le reggae ne soutint le projet… Retour en Jamaïque en 1981, et donc à des sons plus jamaïcains, en enregistrant à Tuff Gong et à Channel One « Ride with the rasses », on perdit ensuite la trace du Prince, ne faisant surface qu’en 1983 avec un album enregistré en Angleterre cette fois, le chanteur s’étant installé définitivement à Totenham. Ce labyrinthe n’a pas joué en sa faveur, malgré son énorme talent. Sa modestie en a fait un artiste à part dans le Reggae, qu’il faut prendre la peine de découvrir. Tous ses albums sont majeurs, tous ces titres sont mythiques. Mention peut-être à « Food Clothing and Shelter », le « One common need » de tout être humain, et « Unconventional People », un maxi qui résume tout à fait la dimension du personnage, avec les chœurs de son clone Cedric MytonEt surtout à son « 21st century », meilleur album de cette fin de siècle. Le morceau « Hard times come again » est un pur chef d’œuvre. Et un hommage troublant à ceux qui nous ont quitté (Jacob Miller, Peter Tosh, Marley, Garnet Silk, et même Slim Smith ou Jackie Edwards) est glissé dans « The heroes just the same » : Son nom résonne désormais dans la partie Dub, de son Zion au bord de l’eau où il peut désormais regarder passer les poissons …

ALBUMS
Humanity as The Royal Rasses Ballistic Records UAG30227 1979.
Experience as The Rasses Ballistic Records UAG30259 1979.
Natural Wild as Lincoln Thompson and the Rasses (avec Joe Jackson sur trois titres) United Artists UAG30309 1980.
Ride With The Rasses as Prince Lincoln Thompson and the Royal Rasses God Sent Records GDS1 1982.
Roots Man Blues as Prince Lincoln and the Royal Rasses Target Records TAR003 1983.
21st Century as Prince Lincoln & the Royal Rasses 1-5 South Records 15STH LP/CDA01 1996. (CD, LP, et maxi disponible à sa sortie)
DUB ALBUMS
Harder Na Rass as Rasses Band Warrior WARLP 2002 1979
Dub mix de Experience (Jammy mix). Ballistic LBR 1031 1979
God Sent Dub as Royal Rasses PRE-1 1980
Dub mix de Natural Wild.
Vortex Dub as Royal Rasses
Dub mix de Natural Wild et Experience.


MAXIS ET SINGLES SORTI SUR BALLISTIC

UP 36482 The Royal Rasses - Unconventional People // Version 1978
UP 36496 The Rasses - Old Time Friends (Disco Style) // The Rasses - San Salvador (Disco Style) Produced by Lincoln Thompson 1979
BP 315 The Rasses - You Gotta Have Love (Jah Love) // Humanity (Love The Way It Should Be) / They Know Not Jah 1979
BP 327 Royal Rasses - Ain't Nobody Here But Me // Kingston 11 (Ghetto Rock) Warrior labelProduced by Prince Lincoln Thompson 1979
BP 359 Lincoln Thompson & The Rasses Band - Natural Wild Tracks: Natural Wild (Lincoln Thompson) / Second Sight (Lincoln Thompson & The Rasses Band ) // My Generation (Lincoln Thompson & The Rasses Band ) / Blessed Are The Meek (Lincoln Thompson & The Rasses Band ) Produced by Joe Jackson & Lincoln Thompson 1980
BP 369 Lincol Thompson & The Rasses - Spaceship // Lincol Thompson & The Rasses - Generation Dub Produced by Lincoln Thompson 1980


OTHER 12" SINGLES
I Man Feel It as Prince Lincoln & the Soul Rebels MSR DA1. Années 80's. They Don't Know Jah as Prince Lincoln &the Royal Rasses God Sent GDS91. 90's.
Rising In Love as Rasses Blank stamped Rasses1 90's.
OTHER 7" SINGLES
Daughters Of Zion as Prince Lincoln Studio One JA rec. 1971 Matrix SC 163.
Live Up To Your Name as Prince Lincoln Studio One JA rec. 1971 Matrix FCD7809.
True Experience as Prince Lincoln Studio One JA rec. 1971 Matrix FCD7834.

Prince Lincoln, dans des interviews faits de lui dans les années 80, dit que Coxsone a tout de suite sorti (et sans aucune contrepartie financière) ces singles cette année là, mais la matrice daterait de bien plus tard (1978)... Sur quelques pressages de « Little Joe” de Prince Jazzbo (label Bongo Man FCD 7809-A), on y entend à la place Live Up To Your Name, erreur courante et déroutante en Jamaïque. La faute à qui?

PRODUCTION/ARRANGEMENT
Jahovah (version 1 & 2 - Mello - D (writers credit Melvin Dockery) God Sent GDS92 Début années 90, et peut-être d'autres restés dans la confidentialité !

Merci à feu Black Music, Small Axe, Chris May, Roger Dalke, Tapir, Michael De Konigh, et Reggae Archives.