dimanche 15 février 2009

Reggae Brothers Band

« Ah, quand Bob Marley le Roi du Reggae nous a quitté, nombreux étaient les prétendants à sa couronne ! N’osant peut-être pas se confronter seuls façe à la force du Gong, de nombreux groupes en Jamaïque sont apparus en tant qu’artistes à ce moment là, rivalisant à plusieurs la place du leader incontesté... ».
Derrière cette description un peu facile et éxagérée, car l’on se rappelle de l'éxistence de groupes comme les Skatalites, Crystalites, et autres Maytals (sans compter les trios vocaux qui ont vu le jour dès le milieu des années 60 et ont connu leur heure de gloire dans le milieu des années 70), on se doit ici de rappeller l’influence prépondérante de tous ces « Big Bands », qui ont vu le jour bien avant la période digitale, et ont été chéris du public européen de la première heure, dont je faisais partie. Des noms ? Burning Spear, Black Uhuru, Inner Circle, Third World, Chalice, pour les plus connus, mais aussi Bloodfire Posse, Sons of Jah, Cultural Roots, Natural Roots, ou Well Pleased and Satisfied. Sans oublier les Anglais avec Steel Pulse, Aswad, Misty in roots, ou les Cimarrons avant eux, et même les américains du Blue riddim Band ! L’explication la plus plausible de ce phénomène (en Jamaïque tout au moins) est la fin de la supériorité des « Big trees » du Reggae, les producteurs, au profit des petits labels et structures qui ne comptaient que sur eux mêmes pour progresser, et n’attendaient plus l’aide d’un producteur ayant label, studio, et donc un groupe attitré. Le meilleur exemple (et le premier) restera les Twinkle Brothers, qui ont fait preuve d’indépendance depuis leurs déboires avec Virgin, et de persévérance puisqu’ils sont encore là aujourd’hui. Des légendes vivantes, que l’on a pu voir à Montpellier le 13 fevrier dernier, après un premier passage dans notre région à Aix le 20 novembre 2004 (alors plébiscité comme le meilleur concert de l’année, et peut-être même finalement de la première décennie de ce nouveau Siècle, votre serviteur n’ayant pas vu mieux depuis !). Avec du Ska, puisque le premier morceau du chanteur Norman date de 1964 (« eh ouais, en Jamaïque on commence jeune » avoua t-il…), du Rock Steady, du Roots, et des vibes plus anglaises (Dub Judah fait maintenant partie intégrante du groupe…), on imagine facilement un set historique et des vibes intactes malgré les années. Chaque titre est un classique. Moment d’autant plus fort que l’on fétait ce soir là les 61 ans du frère guitariste, et que sa femme Della Grant nous a fait la surprise d’une première partie étonnante, culminant aux sommets du Roots quand la rythmique propre à Twinkle s’est installée… Cet énergie n’a été ternie que par un souci de passeport ayant contraint le clavier du groupe à rester à l’aéroport ! Obligé de le remplacer par un autre sans faire de répet’, ses erreurs ont gaché un peu l’ambiance mais n’ont pas empéché le groupe de lacher leurs versions (une des plus belles, « Faith can move mountain » a malheureusement dû subir plusieurs faux départs agaçants). C’est d’ailleurs au moment où le chanteur semblait le plus dérangé par les imperfections de tonalités du remplaçant, qu’il s’est arrété et a tenu à le présenter au public, ce qui l’a mis en confiance pour toute la suite du show. C’est là la preuve de la conscience professionnelle d’un groupe (contrairement à un chanteur qui l’aurait incendié ou aurait quitté la scène – c’est arrivé !). C’est aussi et malheureusement un problème récurrent à toutes ces petites strucures qui n’on pas une major pour s’occuper de leurs affaires… Mais on préfèrera cet « artisanat » de qualité, surtout quand les deux frères chanteurs ont tenu à présenter de nouveaux titres, comme le tueur « Nah letting go » de Ralston ou le « You no get we riddim » de Norman Grant, avec un « Repent » qui a suivi sur le même riddim et qui a tout brulé ! On comprend alors que ce groupe ne s’est jamais arrété, malgré les hauts puis les bas de leur carrière, et les différentes routes qu’ils ont pris (l’Angleterre, la Pologne, et aujourd’hui les USA). Et on s’aperçoit surtout que c'est la fraternité réelle qui les habitent qui les a soutenu et aidé. Et c’est pour cela qu’ils sont encore aujourd’hui les premiers… (photos et pochettes prises sur leur site)