mardi 3 février 2009

... KING TUBBYS END [PART 3]

Revenir à la première partie et suivre l'histoire du King dès le début? Veuillez suivre ce lien : http://massilia-reggae-doc.blogspot.com/2009/01/le-crane-chauve-de-osbourne-ruddock.html
Sans être technicien hors pair, il vous a simplement fallu lire les deux premiers chapîtres de ce spécial King Tubby, pour avoir compris que l’évolution du Reggae s’est faite avec la technique. Contairement à aujourd’hui, les premiers groupes (et à l’époque du Ska, ils étaient composés de nombreux musiciens !) s’enregistraient sur une piste unique, un simple micro au milieu du studio, ou sur un deux pistes, en isolant la batterie ! Avec l’apparition du deux pistes, dans le milieu des années 60, un ingénieur et/ou producteur pouvait ainsi ré-enregister un « riddim » d’un coté (simple instrumental finalisé), et faire enregistrer de l’autre coté nombre de chanteurs… Les singles étaient du coup d’un coût moins élevé, car on ne payait le groupe qu’une fois : C’est comme cela que vous pouvez retrouver chez vous des doublons, ou versions d’un thème connu par un artiste, mais créé par un autre. Vous imaginez les problèmes de droits d’auteur que le Dubbing a pu amener !
Avec l’apparition du 4 pistes, au début des années 70, l’ingénieur King Tubby a isolé certaines pistes, comme les basses mis en avant, des effets ajoutés sur des cymbales, ou les cuivres disparaissant dans l’écho… Il a surtout coupé après l’intro du morceau la partie vocale, pour laisser le DJ s’inspirer uniquement du rythme. Les versions des 45 tours en sont la parfaite illustration. Mais elles montrent surtout comment ce processus de création peut engendrer un morceau unique en lui même, qui ne doit (presque) plus rien à ses premiers compositeurs !

Mais King Tubby a voulu aller encore plus loin, et, dès le début des années 80, avec l’aide d’anonymes comme « Pug The Chemist », le « Rat », puis profitant d’un voyage de son assistant « Professor » à New York pour étudier l’informatique et l’électronique, il voulut monter son propre studio multipistes (32 pistes) dans lequel on le voit évoluer sur l’unique vidéo de lui proposé sur You Tube ! Devenu lui même producteur, il n’attend plus que l’on vienne frapper « à sa table » pour donner une touche finale, il mixe désormais son travail de A à Z pour ses propres labels, Firehouse, Waterhouse et Kingston 11, ou co-produisant sur ceux de Derrick Lee (Taurus) ou Clifford Dillon (Pioneer musik). L’ouverture de ce nouveau studio s’est faite au retour de Professor, au début de l’année 1985. Pour tout ceux qui ont écrit que son activité était en sommeil pendant cette période, Dave Henley répond en faisant la liste des 120 45 tours qu’il a produit, mois par mois : Un extrait ici, avec les 25 premiers singles :
Sugar Minott - Hard Time Rock - Waterhouse - 3/85 Little John - Tickle Me - Waterhouse - 3/85 Michael Palmer - Them Nah Sting - Waterhouse - 3/85 Patrick Andy - Speak Your Mind - Waterhouse - 3/85 Anthony Red Rose -Under Me Fat Ting - Firehouse - 5/85 Wayne Palmer - Hell In A Town - Firehouse - 7/85 Wayne Smith - Miss Do It Sweet - Kingston 11 - 9/85 Don Carlos - Play Girl - Kingston 11 - 9/85 Mystic Vibration - Dilly Dally - Kingston 11 - 9/85 Phantom - Stylee - Kingston 11 - 9/85 Anthony Red Rose - Tempo - Firehouse - 10/85 King Everall - After All - Firehouse - 10/85 Wayne Palmer - Hold Your Corner -Firehouse - 10/85 Anthony Red Rose - Can't Knock Me - Firehouse - 1/86 King Kong - A.I.D.S. - Firehouse - 1/86 Anthony Red Rose - Gwan Talk - Firehouse - 1/86 Anthony Red Rose - Bang Ga Wrong -Firehouse - 1/86 Hortense Osbourne - A Me Smarter -Waterhouse - 1/86 Little John - Hello Josephine - Waterhouse - 1/86 King Everall - Automatic - Waterhouse - 1/86 Wayne Palmer - Trash & Brok - Waterhouse - 1/86 Patrick Andy - Woman A Yard - Firehouse - 1/86 King Kong - Step On My Corn - Firehouse - 1/86 Lily Melody - Jumbo - Firehouse - 3/86 King Kong - No Call Me No Boops -Firehouse - 5/86 [...]

Et parmi eux, le premier tube avec Basse et batterie digitale (AVANT le Wayne Smith « under mi sleng teng ») c’est le « Tempo » d’Anthony Red Rose… Question albums, voici la liste complète:
Anthony Red Rose & King Kong - Two Big Bull In One Pen - Firehouse – 1986 / Anthony Red Rose - Red Rose Will Make You Dance - Firehouse 1986 / King Tubby's - Two Big Bull Dubwise - Firehouse – 1986 / Various Artists - Punaany - Waterhouse – 1986 / Various Artists - Waterhouse/Firehouse – 1986 / Various Artists - Computer Seh So - Waterhouse – 1987 / Courtney Melody - Ninja Me Ninja - World Enterprise – 1988 / Various Artists - King Tubby Presents Sound Clash - Taurus – 1989 / King Tubby - Presents Sound Clash Dubwise - Taurus – 1989 / Thriller U - Hilary - Pioneer Muzik – 1989 / Various Artists - Salute To King Tubbys - Taurus – 1989.

Mais vous voyez bien dans les titres que le Roots est bien loin des potards du maître… Même si des ainés comme Gregory Isaacs, Cornel Campbell ou Johnny Clarke ont enregistré pour lui, ce sont la nouvelle vague (Ninjaman, Courtney Melody, ou Pliers) qui squatte son studio dans la deuxième moitié des années 80. Alors, la nouvelle de sa mort le 06 Fevrier 1989, et la raison officielle (vol à l’arraché dans la rue) ne cache pas un certain doute quant à ses récentes spéculations, il faudrait demander à ses associés de l’époque, en particulier « The Specialist » Clifford, pour trouver une réelle piste… N’empèche, même sa mort n’a pas été relaté dans les journaux, pas d’enquète non plus, un doute sur la date exacte (serait-ce plutôt le 05, à 1 heure du matin…) et le seul témoignage est celui de sa femme, réveillée par un coup de feu venant du parking de sa maison, à Duhaney Park. Encore plus étonnant quand on sait la sympathie que s’était attiré Osbourne Ruddock dans le business, seuls ses meurtriers on emporté le secret avec eux. Tout s’est donc fini sur un dernier écho, une balle résonnant dans la nuit, et que l’on entend encore aujourd’hui derrière tous les mixes puissants que ses disciples ont développé dans les années 90, et encore aujourd’hui. Rest in Peace, toi le Roi qui semble toujours avoir été tranquille, derrière ta table de mix. Si aujourd’hui un artiste comme Clinton Fearon (ancien bassiste des Gladiators et actuel chanteur du Boogie Brown Band) choisit de réaliser son nouvel album en Dub, c’est gràce à ton travail, ta consistance et ta modestie ! La couronne n’a pas trouvé un autre crane chauve depuis…

Pour conclure, une mention spéciale à cinq albums qui sont pour moi des témoignages éloquents de sa grandeur tout au long de sa fructueuse carrière...
Sylford Walker – Lambs Bread (prod° Glen Brown) / Rockers all stars - Africa must be free in dub (prod° Agustus Pablo) / Agustus Pablo – Ital Dub / King Tubby : King Tubby’s Special 73-76 with Aggrovators & Observer all stars (photo) / Yabby You – Jesus Dread (blood & fire)