vendredi 2 mai 2008

GREGORY ISAACS THE RULER


Après maintes rumeurs à son sujet, et les pires albums en orbite, un é-nième retour du chanteur Gregory Isaacs sur les routes d’Europe ne déchainera pas les passions. Et pourtant : Le plus endurant de tous, Mr « Top of the Class » peut encore nous faire réver, c’est en tout cas ce que révèle son tout dernier album...

La photo sur l’affiche du concert est de 1984, mais il a toujours gardé ce style, un crooner sapé pour ces dames, prêt pour une soirée bien moîte. Le plus endurant de tous, il a traversé les modes sans éviter les embuches. La drogue dure, la guerre des gangs à Kingston, ses déboires dans le business (en 1980, il était plus adulé qu’un Marley en Jamaïque) lui ont fait perdre son titre de « King of the Dancehall », mais pas celui incontesté de « Cool Ruler ». Dans ce registre, seulement égalé par Dennis Brown, il a signé les plus belles pages roots de l’histoire. Les désillusions, l’expérience de sa vie et la loi du ghetto, ont façonné un personnage fragile mais persévérant. Peut-être aussi que la mort de son alter ego dans des circonstances assez floues l’a fait réflechir sur son devenir. Quand l’album Brand new me démarre par ses mots : « Sorry », on y sent donc une certaine franchise. Sa précédente réalisation, pour la bande originale du film « Made in Jamaica » était tout aussi bluffante. Derrière sa sensualité et sa voix retrouvée, il semble glissé vers un certain apaisement familial, analyse sa carrière avec recul (« Penetentiary ») et porte un regard désabusé sur sa situation. Aussi à l’aise dans le digital que sur de pures compos acoustiques, on sent à nouveau le blues dans ses intonations, et l’envie de le faire partager. Pari risqué, mais à l’écoute de cet album (dont le très optimiste « Loneliness »), son set paraît inmanquable, si tout est réuni pour qu’il puisse donner le meilleur de lui même. Faisons là-dessus confiance à Atlasound, structure derrière laquelle se cache Aziz, du Mellow Sound de Montpellier : Renouant avec le reggae, il connaît les pièges du business, et s’est résigné à y faire face. C’est lui qui avait soutenu le retour sur scène de pionniers tels que Ras Michaël, les Abyssinians, ou les Skatalites. Espérons qu’il puisse aider aussi le label jamaïcain à trouver un distributeur, car ce dernier cd est disponible en import seulement (raison de plus pour se déplacer à son concert). Si c’est le cas, il faudra juste changer la pochette, car un coucher de soleil n’est malgré tout pas l’image qu’il faut défendre pour cet artiste, même au crepuscule de sa carrière... Le Doc’.

LE 15 Avril à l’Espace Julien (20h30) – Première partie annoncé : Mushapata (Paris – Chatelet les halles)