vendredi 5 octobre 2012

LE REGGAE AU CINEMA !


REGGAE SCREEN IN JAMAICA

Le Reggae a été toujours mis en valeur de façon maladroite dans le Cinéma, à deux ou trois exceptions près décrites un peu plus loin. La raison principale est la non connaissance de cette musique dans les milieux cinématographiques… On n’écoute pas de vrai Reggae à Hollywood, tout au moins jusqu’à une période toute récente. A titre d’exemple, Sea of love, la chanson qui donne son titre au film avec Al Pacino et Ellen Barkin y est décliné régulièrement, avec même une version déroutante de Tom Waits, mais ne contient point la sublime version Rock Steady des Heptones sur Studio One, ni celle Reggae faite pour d’autres producteurs… Encore aurait-il fallu que le personnel du film ne les connaisse ! Il y a aussi la nébuleuse des copyrights qui doit dérouter et démotiver de nombreux juristes et conseillers musicaux d’Hollywood, car il est souvent bien compliqué de savoir à qui demander l’autorisation de « jouer » telle chanson du répertoire jamaïcain (l’éditeur actuel, le producteur original, le chanteur ?).
 A savoir qu’en France, on a été encore précurseur puisque l’on entend déjà du reggae dans le film de Jacques Higelin, la bande du Rex, puis bien souvent en compagnie des acteurs du Splendid par exemple (Films avec Coluche ou Balasko), et ce jusqu’aux Frères Pétards. sans oublier le dessin animé "Le Chateau des Singes" que je recommande à vos enfants...
L'apparition de titres jamaïcains dans les bandes originales de films sont automatiquement choisis pour souligner une atmosphère exotique (souvenez vous du Roi Lion ou de Gang de requins), ou rappeler le lieu où se passe l’action (Les nanards avec Tom Cruise, Blue Crush où l’on entend Beenie Man et Damian Marley, The Mighty Quinn ou Club Paradise). Il y a aussi beaucoup de sons Jamaïcains dans Scandal, un bon film celui-là, l’histoire se passant dans les quartiers glauques de Londres dans les années 60… Le premier film à donner ses lettres de noblesse à la musique jamaïcaine est Doctor No avec une apparition de Byron Lee. Depuis, la mention Reggae peut en faire un succés au Box office, et un hit Comme avec Un indien dans la ville et Tonton David, sans oublier Rasta Rocket (hors compétition!) ni le chef d’œuvre qu’est Ouragan sur l’eau plate avec Michaël Caïne, ou l’on entend la crème avec Eddy Grant et… Eric Clapton !
Mention spéciale à de grands réalisateurs qui ont su capter la force de cette musique, comme Almodovar et la version du pénitencier à la sauce Gregory Isaacs, David Lynch avec l’intrusion de Africa Head Charge dans Wild at heart, Mathieu Kassovitz et le Natural Mystic de Bob Marley en intro de La Haine, ou dans un autre genre Robert Altman dans Prêt à Porter en invitant Ini Kamoze et son "Hotstepper".
On peut entendre du Reggae quand le réalisateur veut marquer un passage de son film plus méditatif voire psychédélique (Lee Perry dans Brother un rare film de S.F) , tendre et acidulé (Amour et Amnésie), mais rarement revendicateur, ou alors pour des propos violents et des histoires de gang (du Dancehall dans Anaconda ou Ghost dog avec le "Armageddon Time" de Willie Williams), et évidemment bien plus souvent dans un délire à propos de cannabis, comme dans Arnaque crimes et botanique avec le "Police & Thieves" de Junior Murvin ou Double zero avec Eric et Ramzy , où l’on entend "Kaya" de Marley.
En fait, dès qu’il y a du Reggae sur la toile, les Jamaïcains s’invitent eux mêmes sur la pellicule, et nous font découvrir leurs talents d’acteurs comme la Comédie Musicale Absolute Beginners avec le regretté Smiley Culture, ou d’actrices comme Sister Carol entonnant le Wild Thing à la fin de Dangereuse sous tous rapports !
N’oublions pas le cinéma asiatique, qui n’est pas en reste avec dans Chunking Express de Wong Kar Wai le « Things in life » de Dennis Brown, et dans Le baiser mortel du dragon, où Jet Lee arrive à Paris avec Les Congoes et "Don't blame it on I" dans le taxi.
Allez, un dernier souvenir, rappelez vous dans Léon avec Jean Reno, à un moment la DEA fouille l'appart d'un dealeur et trouve dans les disques la Social Living de Burning Spear… dommage qu’ils n’aient pas inclus le son…
Avez-vous entendu parler de Klash en 1995 (Drame) : "Stoney est un photographe travaillant à New-York, il est envoyé à Kingston pour réaliser un reportage" ?... Ou de Rew-ffwd (rewind Fast Forward) en 1994 (Drame) : "Un jeune photographe débarque à la Jamaïque pour un reportage"… Et aussi une chanson de Ziggy Marley qui s’est glissée dans la bobine de Veuve mais pas trop (married to the mob), du Ragga dans Showtime avec Eddy Murphy, ou le formidable East is east, sur la communauté indienne de Londres (où l’on entend le Double Barrel d'Ansel Collins !)Et Almost Heaven en 2005? Johnny was en 2006… Allez un petit dernier en V.O, il s’appelle Deuce Bigalow, Male Gigolo, avec Rob Shneider, et avec - entre autres- Hepcat dans sa B.O ! Mais on s'éloigne du sujet...

Depuis DANCEHALL QUEEN en 1996, le genre s’est généralisé, avec THIRD WORLD COP (1999) - Après plusieurs années d’absence, Capone, flic intègre, est muté dans son quartier d’enfance. Il y retrouve ses amis d’autrefois… - RUDEBOY (2003) Julius rève de faire carrière dans le Dancehall… - ONE LOVE avec le fils du Gong , Ky-mani Marley Kassa est un rasta. Avec son groupe, il participe à une sorte de télécrochet. Serena est une chanteuse de gospel, et exerce son talent dans le temple de son père… - COMEBACK (2000), un western reggae dans le Bronx. SHOTTAS (2002) La véritable histoire de deux youths de Kingston…
Et peut-être celui qui nous a fait une belle bouffée d’air frais, venu du Brésil, ROOTS TIME en 2006 inédit en France, l’histoire de Jah Bull et Baboo, deux Rastas qui sillonnent la campagne jamaïquaine pour vendre des disques…


Mais Le saint Graal des Reggae Movies reste bien sur :
THE HARDER THEY COME de Perry Henzell, un des rares rélaisateurs jamaïcains, et ce chef d’œuvre qui a su capter l’essence originelle du Reggae (tout y est !)avec l’interprétation parfaite de Jimmy Cliff en Rude boy recherché, et l’intrusion d’autre acteurs du mouvement… tout comme un peu plus tard ROCKERS (1978) et son héros, I-Man - un excellent batteur qui joue pour Burning Spear, Jacob Miller et bien d’autres encore…
Il y a aussi COUNTRYMANen 1982, toujours produit par Island, où le héros pacifique et Rasta est témoin d’un crash, et court secourir les rescapés.
Plus difficile à se visionner, Children Of Babylon en 1980, une comédie romantique et des Histoires d’amour et quiproquo sur fond de paysages jamaïquains… Jamdown, avec les Congoes désenchantés & Toots survolté,  Babylon, une fiction anglaise brillante où l’on voit Jah Shaka à la fin, et No place like home film de Perry Henzell (mort l’avant veille de sa projection officielle, ce qui en fait un inédit…).
Les documentaires ayant attrait au Reggae sont beaucoup plus nombreux... Sans parler de Bob Marley, citons en vrac et sans exhaustivité :
- One Love Peace concert, où la plupart des scènes filmées l’ont été à un autre moment que le Peace concert d’ailleurs...
- Reggae Sunsplash 1979 Documentaire sur la deuxième édition du Reggae Sunsplash, et bien sur tous les autres qui sont sortis après en vidéos.
- Third World: Prisoner In The Street 1980 Film sur le groupe “Third World”.
- Aquarius : Reggae 1977 Documentaire sur l’importance croissante du reggae britannique est discutée par des musiciens au coeur de Brixton, Stoke Newington et du Carnaval de Notting Hill.
- Reggae ina Babylon qui témoigne de la scène vivifiante anglaise (Steel Pulse, Matumbi, Aswad…)
- The land of look behind, l’image de la Jamaïque à la mort de son prohète (avec Mutabaruka...)
Et surtout : Roots Rock Reggae 1977 un excellent documentaire sur le reggae roots des années 70’.
Et Word, Sound And Power 1980 en Anglais dans le texte : “the closest American film audiences are likely to get to modern Jamaican music and to the ideas, experiences and emotions behind that music”, un inédit exhumé en DVD au début de ce nouveau millénaire...
Tous ceux-là, sauf le dernier sont sortis en vidéos VHS, très rarement en salles. A noter aussi qui se vendait sous le manteau avant sa réédition en trois dvd, les 6 émisssion sprésentées par Mickey Dread, très complets, les quelques émissions US de rootsman, et Rastas et Ballon rond sur FR3… Mais il s’agit de reportages, pas de films au sens strict !
Dans les années 90, on a aussi vu et adoré :
-Dub Echoes (le film sur le Dub…) qui complète le reportage déjà très instructif d’Arte, Deep into Dub.
- Roots Daughters 1992 Un documentaire unique traitant du mouvement de Rasta d'un point de vue féminin.
- Stepping Razor: Red X 1992 Documentaire sur Peter Tosh: L’homme, sa musique, sa mort…
- Rent A Rasta 2006 Film documentaire traitant du tourisme sexuel en Jamaïque.
- Moving On 1996 où Jimmy Cliff nous raconte le destin d’un enfant de la campagne parti à l’assaut des feux de la rampe…
- Life & Debt sur la position de l’île de Jamaïque face au F.M.I
- Made in Jamaica 2004 L’histoire du reggae et l’engouement jamais démenti qu’il suscite chez les trois dernières générations ont poussé Jérôme Laperrousaz à réaliser une enquête sur ce genre musical...
- King At The Controls - The King Jammy’s Story 2006 Dans ce documentaire, ce sont différentes interviews d’artistes musiciens, chanteurs, producteurs, sound-men et membres de la famille qui se succèdent pour témoigner du caractère génialissime de Jammy. Inédit en France, là encore.
On a beaucoup de mal à voir en France certains nouveaux projets, comme sur Lee Scratch Perry, le Rock Steady, des figures iconoclastes comme Jack Miller, et même Awake Zion en 2003, un documentaire qui explore parait-il les connections entre la culture de reggae et le judaïsme… Depuis 2008, et de façon assez cahotique, le Jamaica Reggae Film Festival se tient à New Kingston , et met un coup de projecteur certain sur ces films comme Wa do dem, Dance for Grace, ou le film d’animation Bad Influence, toutes ces bobines sont inédites en France pour l'instant et manquent cruellement de soutien…
Cette année enfin, deux films aussi radicalement différents que Marley et Rude Boy viennent compléter notre vidéothèque, déjà enrichie du documentaire d'Hélène Lee sur les traces du premier Rasta ! On ne regrette qu'une chose, la place qu'à le Reggae aujourd'hui dans le cinéma aurait pu être beaucoup plus importante si le gouvernement jamaïcain lui même avait encouragé cette voie, ou si il avait recueilli davantage d'images officielles durant cette époque dorée...

PS: Un très bon numéro de natty Dread, que je n'ai pas relu, parlait de ce sujet, et vous donnera peut-être plus de détails. Quelques uns des films sur le genre Reggae ont surement été oubliés, n'hésitez pas à completer cette liste...  DOC X-RAY (2012)