mardi 13 janvier 2009

Anticyclone sous le sapin







Dans la jungle des sorties reggae de cette fin d’année, on a guère pu détailler l’ensemble des sons qui pouvaient être dénichés, tant il y a eu d’échos dans le monde entier.


Ce blog vous a déjà alerté sur l’arrivage massif d’artistes Africains, comme le Marcel Sallem déjà chroniqué ici. Tiken Jah Fakoly a été le démarreur tardif de cette nouvelle scène, et se trouve aujourd’hui responsable et fer de lance de cet avalanche de sorties.

Commençons donc par la sortie de « d’Abidjan à Paris », qui retrace ses derniers spectacles et points de vue débattus sur la mère Afrique, et son pays d’origine, la Côte d ‘Ivoire. Le problème est de n’avoir pas su condenser ses propos, car à l’écoute, ou plutôt à la projection de ce double dvd, le genre se répète, pire il s’emmèle les pinceaux, et ne montre pas la qualité première de son œuvre, à savoir la clarté limpide de ces textes et la portée universelle de son message… Dommage qu’il n’a pas reproduit la force de « Delivrance », de « Plus jamais cà » ou du « Descendant », tous tirés du plus puissant de ces albums, Mangercatie, et que l’on n’entend que par extraits ou medley tout au long du Live ou des bonus de ce disque, contenant tout de même près de cinq heures d’image, dont 3 documentaires.
Curieusement, il a aussi sorti une cassette studio commercialisé uniquement sur le continent africain, avec des nouveaux morceaux. Mais là aussi on reste un peu sur sa faim. Il a aussi inspiré d’autres germes, comme Jah Verity (on vous en a parlé aussi !) avec qui il a produit en France et en Afrique son album « Président Boulanger ».
Arrêtons-nous un peu sur ce rocher incisif, qui a conquis le jeunesse Burkinabé, et réveillé leurs doutes sur des titres comme « Au Darfour », ou « Afrique martyrisée ». Car c’est la sagesse et la liberté d’opinion qui nous ensoleille ici, utilisant un vocabulaire qui lui est propre (travailler deveint « jobber »dans « Mogo Babila »), et nous donnant le coup de rein nécessaire pour balancer nos esprits sur du roots de première qualité…
Gràce aussi à Beta Simon, Trevy, ou Bishop (mixé par le sorcier Manjul), drainé par les futures sorties de Takana Zion ou Salim Jah Peters (à suivre sur ce blog) on voit fleurir de l’autre coté de la Méditerrannée des vents dominants, qui lissent parfois un peu trop leur musique, mais poussent sur leurs rivages le rythme reggae et sa portée revendicatrice. Alpha Wess est celui qui a mis le moins d’eau dans son vin, il s’est vu attirer les foudres des politiques en place dans son pays, la Guinée. Citons donc Bertrand Lavaine, spécialiste des couches volcaniques de ce continent, en matière de Reggae, pour RFI notamment :
« Avec ses chansons dénonçant ouvertement les agissements condamnables des responsables politiques guinéens, Alpha Wess est devenu le poil à gratter du régime de Lansana Conté. Jamais il ne manque de rappeler que la Guinée est un scandale géologique : le sous-sol regorge de ressources (bauxite, or, diamant) dont l’exploitation génère de colossaux revenus qui n’ont pourtant aucun effet sur le quotidien difficile des neuf millions d’habitants de ce petit Etat de 27 000 km2. L’agacement suscité en haut lieu par ces attaques répétées s’est transformé en sanctions. Pas vraiment efficace (…)». Depuis, le président est mort, quelques semaines après son ministre de la communication, mais il n’y a pas à l’horizon de personalités à la Sekou Touré pour faire tanguer le pouvoir en place, et balayer les nuages de la corruption et des intérêts personnels.
Espérons donc que, contrairement aux giboulées matinales, ces disques ne fondront pas comme neige au soleil, et en amèneront d’autres tout aussi intéressant. Car l’avenir est en Afrique, là-bas plus qu’ailleurs la Musique est l’arme du futur, comme le scandait Féla. Le continent Africain aura surement besoin cette année encore de support et de soutien pour panser ses plaies. Rappelons ici le militantisme des « anciens » pionniers du genre, comme Safarabi et sa génération sacrifiée, Fadal Dey et son gouvernement chauve-souris, Askia Modibo et ses aigles du Mali, le tanzanien Jhikoman, les ghannéens Selasee ou Aaron Bebe Sukura, Toya ou les Salopards, tant d’artistes qui avaient alors pour unique référence Alpha Blondy.
L’homme a sorti lui aussi un dernier album, et, ma foi, s’en sort cette fois plutôt bien, s’appropriant les notes d’un des titres de Bob Marley, « crazy baldhead », pour en faire son propre hymne à la folie, lui qui a traversé tant d’anticyclones qui auraient pu enterrer sa carrière très vite, et qui s’est depuis sa plus tendre enfance démarqué de la normalité par des séjours cellulaires en camisole de force… Mais à l’époque, l’Afrique résonnait des cris de U-Roy (le Jamaïcain qui a vendu à l’époque le plus de disques de roots en Afrique, gràce notamment à l’exploitation - au sens propre ! - de son catalogue par le label Virgin) et les rastas étaient cantonnés avec les Baïfals et autres espèces rebelles dans un look débraillé de drogués et de révolutionaires, qu’il ne fallait pas suivre. Depuis, les révolutions sont communes là-bas, les rastas ont leur mot à dire, et ce bulletin vous exhorte à aller trainer vos oreilles, même gelées, vers ces artistes peu frileux qui osent enfin répondre à l’écho de leurs martyrs jamaïcains…
Denier flash météo : Pour les plus sourds d’entre vous, il sera bon de vous procurer un livre tout récent sur le reggae, écrit par un Africain, et paru aux Editions l’Harmattan : « Les origines du reggae : retour aux sources ». Assez rare pour le préciser, cet essai en Français est lui aussi révélateur d’une prise de conscience tardive, mais bienvenue...