samedi 4 juin 2011
samedi 2 avril 2011
MISSION 2011, OBJECTIF BABEL !:
nnée pour y présenter ses artistes en demande de concerts, et ses festivals en demande d’artistes. Localiser la Jamaïque dans ce dédale de stands est un parcours plutôt chaotique : Un retour en arrière nous prévient que les autres éditions du Babel Med n’exposaient guère plus les couleurs rasta - à l’exception de Baster de la Réunion et de repousses actuelles fleuretant avec le genre comme les locaux du Massilia, ou Rupa, Terrakota, et autres Novalima. Prenons garde et ouvrons l’œil ! Sa programmation est inversement proportionnelle à sa renommée internationale mais, plus grave, l’espèce originelle serait en voie d’extinction là-bas alors que des clones se reproduisent aux quatre coins du globe : On peine à trouver du renouveau sur l’île de la Jamaïque, alors que partout ailleurs, au travers de leur Histoire, chaque peuple a su donner un nouveau sens musical à leur message par le vecteur du Reggae… Aucun natif de l’île n’est donc visible ici, quelques spécimens déjà vus sur le terrain ont même disparu depuis, comme Makasound qui présentait « Inna de yard » l’an dernier, et qui a enterré son label il y a quelques semaines… Cette année, seul Music Action (regroupé avec Soulbeat Records) affiche clairement sa position, posters reggae et concert des Wailers annoncé derrière leur stand, mais peine à trouver un bilan positif de l’évènement, le Reggae traversant comme les autres le même nuage de crise! Alors quand on lui apprend qu’il y a quinze évènements reggae à Marseille le mois prochain, il sait que certains vont en pâtir…
Alors pourquoi ce malaise ? Pourquoi cette mauvaise mise en valeur ? Le Reggae se décline en « une » des musiques du monde comme la Salsa ou le Kuduro pour tous ceux qui n’y voient que l’apanage nattes-ganja-trois couleurs rasta, mais il est classifié dans les musiques dites actuelles proche du Hip-hop pour tous les défenseurs de l’authenticité des musiques World… Pas assez typique car trop universel, c’est la rançon de son succès ! Les pays à l’Est de notre territoire ont digéré depuis bien longtemps les musiques à la sauce Reggae, et proposent souvent un échange et une mixité musicale dans leurs festivités world, pas nous. Il a fallu attendre ici l’explosion du Reggae français, une onde de choc qui a réveillé labels, producteurs et tourneurs. Revenu de cette vague éphémère, le Reggae Africain est le seul qui s’accroche au bateau en digne garant des musiques typiques noires, seul Takana Zion est donc « vendu » comme un pur produit reggae world sur le stand de son tourneur. Dire que les Jamaïcains ne comprenaient pas au départ pourquoi sur une affiche ils étaient écrit en plus petit que nos pousses locales
(On se rappelle de Ras Michaël et Pierpoljack !...), Aujourd’hui, ils ne comprennent pas non plus comment ils n’ont pas profité de ce tsunami reggae en France. Dans cette exploration, on y découvrira donc d’authentiques passeurs (de Nouvelle Calédonie à Liverpool) mais on se rendra vite compte que quand on est indépendant et auto-labellisé, on n’a pas le même poids et on ne peut pas exiger les mêmes tarifs (les cachets d’artistes augmentant avec la baisse de leurs revenus sur le disque, beaucoup de Jamaïcains sont trop gourmands quand ils s’approchent de nous !). Si infime puisse en être les débouchés, le stand de la Guinée ou de la Somalie a certes eu le mérite de s’exposer à coté du Flamenco et des musiques plus nobles, plus « classe », avec à chaque fois des artistes de valeur. Mais lorsque l’on enquête sur les perles rares en Reggae, on a la mauvaise surprise de voir certains représentants nous dire qu’ils en ont pas (ou alors « un titre sur une compil », alors que rentré à la base, on en découvrira plusieurs…)
, et d’autres bien avares de renseignements (ou de cd) sur leurs progénitures (ont-ils écouté ce qu’ils vendent ?). Une sélection musicale vous permettra donc ici d’apprécier tous ceux qui trente ans après la mort de Marley, ont répandu son message dans le monde entier, et dont on a trouvé la trace sur ce salon, une empreinte que leurs représentants (tourneurs, producteurs) n’ont en majorité pas l’air de vouloir suivre ! Pour ne pas rentrer bredouilles, on a quand même du passer l’épreuve des cocktails apéros et accéder aux docks pour les trois soirs de concerts. Encore plus flagrant que les autres années, on se rend compte qu’un public se fédère autour des musiques du monde, et reçoit de manière positive des images musicales du Portugal, de l’Australie, de la Turquie, comme si ils avaient voyagé eux aussi… Coup de cœur pour le duo Juju, coup de fouet avec Fedayi Pacha, coup de blues avec la réunion d’artistes de Mayotte, coup de coude avec le final explosif des Watcha Clan, on a vécu encore de grands moments à ce Festival, immanquable même si il n’y a toujours pas la « Reggae vibes ». Résigné, On espère encore l’an prochain…
TOP TWELVE :
Banlieuz’Art : « Police », (auto-production Guinée) : Composez le 911 pour avoir le standard de Babylone ! Les vibes acoustiques de ces deux jeunes pousses guinéennes donnent à penser que l’avenir du Reggae se déroule en Afrique. Le rap s’est d’abord installé, mais son style urbain semble ne pas convenir à la souplesse de ce continent, alors que le Reggae a une place plus naturelle là-bas. A noter l’emploi d’un vocoder pour traduire la modernité de leur talent aux cotés d’instruments plus roots. Un vrai bonheur de démo pour ces « enfants du bled », à suivre…
Bomboro Kosso : « Natale », (trouvé sur le stand Rhone alpes, label Yes) : La relève de Tiken Jah et d’Alpha ! Empreint de beaucoup d’originalité, la musique de Kosso secoue, les arrangements de Bomboro sont intelligents, l’album « Gorée mon amour » nous emporte un peu partout en Afrique de l’Ouest, les textes sont traduits dans le livret, et pour couronner le tout, le seul guest de l’album est le groupe le plus influent de Jamaïque, les Mystic Revelation of Rastafari ! Un super album très bien produit, à l’égal de ses pairs…
Blue King Brown : « Never fade away » (groupe australien, pas d’album ni de stand, concert le Vendredi) : L’ovni du bout du monde ! Rien n’a filtré sur ce groupe jusqu’au concert, sauf une possible intervention de Roobie Shakespeare et Sly Dunbar pour l’enregistrement d’un de leurs titres ! Sur scène, c’est le fourre tout musical, un gros mix avec plein d’énergie : Beaucoup n’ont pas compris l’intérêt, il y a pourtant plein de bonnes idées, avec une délicieuse chanteuse qui peut faire penser à Nnekka, un percussionniste qui manie les timbales à toutes les sauces, et un groupe hyper soudé. La présentation des deux choristes (qui entonne No, no, no et Turn your lights down low) et les parties Dubs confirment leur inspiration jamaïcaine…
Anslom : « Dhem Dance » (cd sampler Mangrove, viennent de Papouasie nouvelle Guinée) : La vague du Pacifique. Le stand de Nouvelle Calédonie nous a présenté Naio (avec une vidéo live qui passe en boucle très intéressante) dont on reparlera surement, tant son Reggae est authentique… Il est vrai que le climat, les herbes locales, et le rythme de vie dans les atolls du Pacifique poussent naturellement à se bouger au son du Reggae, c’est peut-être l’éloignement qui a fait qu’aucun artiste n’a été encore découvert. Mais encore plus surprenant est leur son ULTRA moderne, avec par exemple ce titre qui pourrait faire fureur sur les plages de la Cote d’azur…Un big hit, même si c’est de loin le titre le moins roots de la compil…
JFK : « Let It Be » (groupe de Liverpool, album de 2006 trouvé sur le stand de son tourneur français) : Ainsi soit-il ! On a reproché à pas mal de groupes français de ne pas chanté dans leur langue, et de voir trahir leurs origines dans un accent anglais assez maladroit : Les marseillais des Messengers avaientt trouvé la parade, en engageant un chanteur Anglais, ce qui donne tout de suite beaucoup plus de valeur à leurs enregistrements. Pareil ici, avec ce band dont le leader chanteur vient de Liverpool… Du coup, une telle reprise se tient bien plus, l’album s’écoute, et l’on notera même la participation de Eldé, qui avait en son temps ouvert la voie à tous les artistes français qui se voulaient Reggae…
Toubab All Stars : « La plus belle » (from Paris, une production taxi-brousse) : Le ton bien de chez nous ! Quand on est français, on n’est pas forcément obligé de s’habiller vert jaune rouge et de se laisse pousser les locks pour faire du Reggae. Au contraire, il faut s’étendre à d’autres styles, ne pas se prendre la tête, et être imaginatif. Toubab All-stars l’ont compris et s’éclate bien, et leur label va plus loin, reprenant l’idée jamaïcaine du sound system ambulant pour le décliner lors de chaudes soirées groove à Paname… Peut-être la plus évidente preuve d’originalité nationale sur le salon, et avec des sons funky, cumbias ou africains, ils défendent leur place ici !
Takana Zion : « Love Fire » (de son second album Rasta Governement). La grogne rebelle des Noirs ! On redevient sérieux, intransigeant, et on s’écoute le seul album qui sur le salon n’est pas une découverte, le talent de cet artiste est reconnu et bien installé dans l’esprit des gens depuis son premier opus. Moins original mais plus efficace… Un antagonisme s’explique par des arrangements coordonnés (les chœurs masculins donnent de la virilité et son chant est « posé » comme à yard). On attend seulement de le voir déployer ses ailes sur Massilia, ce qui semble pas le cas cette année encore…
Djama Keita : « Criminel » (Martinique, mp3 récupéré sur le stand Afro-Caraïbes) La perle rare Pour trouver ce genre de sons, il faut être patient, avoir le regard affuté et l’oreille tendue. Petite production 100% efficace, ce genre d’artistes ne fait pas du bélé ou du gros Kwa, et donc ne peut s’afficher comme musique typique des Antilles. Mais son Dancehall n’est pas non plus yankee ou yardie, il a une spécificité et une couleur locale intéressante, peut-être un peu trop rebelle et sans concession (et surtout sans moyens !). Fait partie de cette légion d’artistes de ces départements français qui n’ont jamais fait le Babel… C’est pourtant ceux qui font l’actualité sur les sites spécialisés reggae, non ?
Degg Force 3 : « Coup de gong » (autoproduction Guinée) L’humeur rap s’assagit au son du Reggae… Encore une petite production africaine, largement inspiré du courant Rap et des rythmes digitaux. Mais quand ce genre de morceaux est réalisé en Afrique, il prend des couleurs, une chaleur, et un ton qui du coup devient plus humain que chez nos confrères ricains ou Français. Ils défendent cette touche musicale qui doit pour eux être le seul espoir pour sortir de leur quasi-anonymat. En attendant, ils multiplient les scènes à Conakry et en Afrique, et commence à récolter localement les fruits de leur travail…
Naby : « Dem naa » (Senegal, découverte RFI 2009, trouvé parmi le vaste catalogue du tourneur V.O music) Servi sur un plateau ! Entendons par là que ce label a le nez et l’exposition nécessaire pour faire briller « ses » artistes : Avec Monty Alexander, mais aussi des stars comme Kidjo, Bona, les Mahotella Queens ou Cheikh Lo, ils ont dû avoir du travail pendant ces trois jours ! L’année dernière, ils présentaient Vieux Farka Touré et surtout Yemen blues, la gros buzz de Babel Med en 2010…Mais ce Naby mérite aussi sa place, même si cette forêt de talents doit un peu lui faire de l’ombre… Considéré comme un talent émergent des musiques actuelles africaines (tiens donc, on ne parle pas de Reggae sur la plaquette…), son dernier opus « Dem Naa » a reçu le soutien de nombreux sponsors et est sorti sur le label Iris, distribué par Sony : Ca aide !
Fedayi Pacha – Pyramids (the sun), (concert le Vendredi, DJ set soutenu par Yes Music) : A l’Est du nouveau ! On avait osé depuis quelques années mettre dans la programmation du Babel Med des DJ, car ce sont eux les vecteurs principaux des rythmes du monde, ce Global Beat qui a permis à la World music de ne pas être qu’une musique ancestrale, ethnique, et écouté dans les magasins d’antiquité... En boîte de nuit aussi, on peut se divertir avec les sons des quatre coins du monde, on a eu cette année Shantel (très bon) et le Pacha (excellent), après le passage l’an dernier de El Hijo de la Cumbia ! Ces artistes sortent aussi des cd pour rentabiliser leurs performances live, à l’opposé des artistes musiciens qui auraient tendance à faire le contraire…
Watcha Clan – Tangos del Cachito (label Piranha, groupe marseillais, concert le samedi) Le bouquet final ! Même si je suis mal placé pour parler ouvertement de leur succès et de la liesse qu’ils ont provoquée au Babel, les 400 personnes entassés à l’extérieur et qui n’ont pu voir leur prestation scénique apportent la preuve d’une certaine consécration, avec un album percutant et produit de bout en bout … par eux-mêmes ! Un clin d’œil à la Soul et au peuple hispanique dans ce morceau qui comme tout l’album, n’a rien de Jamaïcain, mais conserve un petit je ne sais quoi de Reggae. C’est ce dosage minutieux qui les porte aujourd’hui, après leur avoir donné pendant longtemps cette fausse image galvaudée de groupe Reggae festif et marseillais… Ceux qui les connaissent savent bien qu’il n’en est rien, les rivages balkaniques et méditerranéens se sont télescopés ce soir là pour s’unir : « Out of many, one People »…
Chronique du pilote Docteur x-ray, lors de son récent voyage aux docks des suds pour le babel Med du 24 au 26 mars dernier... Merci à tous !
lundi 12 octobre 2009
Le boucan du Toucan

Issu de la même cage (une production Ras Tyron), Toko Blaze a pris son envol loin du flux migratoire de nos autres volatiles locaux, distillant rimes faciles et prétentieuses qui finiront chez le taxidermiste. Cet oiseau là a du talent à revendre, une force de persuasion douce et tranquille, il a toujours su rester en retrait... pour ne pas se faire piéger. C'est encore en parfait artisan qu'il travaille, qu’il se livre et délivre des textes travaillés et solides (disponibles dans le livret). Son dernier album prouve sa douce détermination et nous promène de situations pas gais (« contrôle d’identité ») en constat pagaille (« Ton héritage »), s’interrogeant sur la mixité sans tomber dans la facilité. Présent à la Fiesta comme dans de nombreux projets locaux (le dernier Africa Fête par exempl
e), il soigne autant sa scène que ses chansons studio, et nous fait marcher et danser à chaque fois. Des couleurs musicales différentes habillent chaque titre, et déclenchent parfois un groove partagé (« Ali Boumaye »). Se définissant si bien comme un griot urbain, « toujours en se remémorant des faits historiques », il nous fait passer la pillule avec son style. Combien de chasseurs de talents aimeraient fermer le cage dorée de ces enfants de la balle, qui préfèrent agir sans concession, vivre et voler, libres? X-RayToko Blaze : Urban Griot (autoproduit, déjà en bac)
La musique dans l'appeau
Survolé récemment dans de nombreux concerts, la troisième galette du Corbeau suit le parcours migratoire du fleuve de l’Huveaune (de son ancien nom Ubelka). Ce bruyant volatile a tissé un ramage rasta sur ses idées anarco-revolutionaires ramenées de Paris, où il avait commencé sa carrière de saltimbanque à la fin des années 60. Sans entrer dans une longue biographie, il a laiss
é des plumes et posé la sienne sur tout ce qui est passé par là en Reggae, du grand Yéba (et l'écho de répondre « Aïoli »), à un style de tchatche reconnu depuis le succès du Massilia Sound System. Convaincu des relations mystiques entre Marseille et Kingston, sa carrière aurait pu s'envoler du coté du Stade Vélodrome, avec son premier tube « J'aime l' O.M », joué avec l'équipe anglaise de Dennis Bovell. Aigri par les résultats, il a depuis fait son nid à Aubagne,Jo Corbeau – Le jardin paradoxal (Ras Tyron Prod°, bientôt en bac)
jeudi 25 juin 2009
back in the USA
Il y a bien longtemps que la Jamaïque n’est plus l’île aux trésors qu’elle était auparavant, américanisé à outrance dans le look et les propos de ses artistes. Curieusement et par effet de miroir, les yankees ont désormais pris le flambeau, sans pour autant prendre les allures de piètres pirates copieurs. On reconnaît facilement un reggae US à intros et breaks inédits, à la réutilisation des cuivres dans ses arrangements et à ce message de groupe, éco-citoyen et volontaire de protéger le Globe et ne plus l’user. Avec son look de sépharade à la longue barbiche, le chanteur a tout l’air d’un gourou mais se défend d’être leader de Groundation, engageant même pour leur dernier album (« Here I am ») un deuxième chorus féminin, qui prend le lead (« So Blind ») et insuffle une expression soul rarement mis en avant dans les studios de Kingston. Leur première véritable prouesse instrumentale (« Walk upright »), comme d’ailleurs la longueur des morceaux illustre bien le feeling jazzy (à la limite de l’improvisation) que n’ont jamais pu s’offrir leurs pairs jamaïcains. Là où le résultat est magique, et c’est le cas sur tous les albums de Groundation, c’est quand ils les invitent à se joindre à eux. «
Time has come » suit comme une ombre la plainte des Congos, nous confortant dans l’idée qu’eux n’ont plus depuis longtemps de chansons à chanter, un fossé artistique comblé par l’Occident. C’est quand même un comble… X – Ray
Un disque d'été
Que vous soyez seul ou accompagné cet été, sur une île déserte (cela existe encore ?) ou sur les grands boulevards des capitales européennes, il vous faudra emporter dans votre MP3 ou vos bagages ce petit bout de femme au parcours assez inhabituel pour s’y intéresser: Un premier opus R’n B et soul, puis une virée Rock et Blues pour ensuite se mettre dans la peau de Billie Holiday ! Nomade et sans valises, on la retrouve au sein du duo franco-allemand Koalas Desperadoes, leur projet « outernational » où participaient 15 pays différents… Teka, aussi patron du label Rootsdown, a entraîné cette Suédoise (d’origine Ougandaise) dans des courants plus chaud
s, à surfer ses interprétations musclées et gaies sur des rythmiques jamaïcaines appropriées… Restant elle-même, une Kokoo girl crémeuse et rayonnante (empruntant même un look à la Joséphine Baker), son talent indéniable la place au niveau de Ayo ou de la divine Grace Jones et sa jeunesse contagieuse (« Take the train ») nous rappelle même Amy Winehouse. La façon d’aborder différents univers musicaux est très enjouée, naïf parfois, jamais nunuche. Partenaire particulière pour regarder la « lune briller » ou danser dans un « pays de Liberté », c’est à « prendre ou à laisser » mais moi je sais déjà « avec qui je vais faire un tour » pendant ces vacances, ces quatre titres tournant déjà en boucle dans mes oreilles… X – Ray
Nos anti-stars locales
Si d’aucuns se défendent ici de ne pas regarder le Mardi soir le Prime de M6, il faut bien reconnaître que les récents gagnants de « la nouvelle star » n’ont rien à voir avec le glamour habituel…Et si l’on continue à donner du rouge à l’émission, pour son manque de création, ses couacs, et le mal qu’elle a de proposer un répertoire non calibré F.M, on a pu voir chez Soan un rapprochement (qui me sera à coup sûr sévèrement réprimé) avec un VRAI artiste d’ici, que l’on connaît bien, et à qui l’on met du vert depuis longtemps… Pas le même look bien sur, mais avec une prestance et une fragilité qui se rapproche jusque dans le timbre de sa voix, Elvas possède bien des qualités que pourraient relever un tel jury. Même si la comparaison s’arrête là, ce chanteur a bien des cordes à son arc, avec son groupe de fado ou les Sons of Gaïa, son entité la plus roots ! Dans ce troisième album le plus mature, ils se défient des critiques, des votes ou de l’Audimat et assurent un reggae qui n’a plus son pareil en Jamaïque. Mettons aussi du jaune pour réunir les trois couleurs en critiquant une pochette un peu anonyme, et des textes toujours assez simplistes. Ne se détournant pas du problème, ces chroniques osent s’inspirer de la Bible, citent John Keats, rendent hommage à Yitzhak Rabin et invitent le tchatcheur émérite Jo corbeau pour une oraison directe et sans faille… Frappant leurs idéaux sur la peau de leur nyabinghi, ces fils de la Terre restent indépendants sans s’isoler du monde, dans une souplesse et un recueillement qui conviendrait bien à cette graine de stars, beaucoup trop éclairée pour illuminer leur propre carrière…
mercredi 6 mai 2009
Deuxième coup de semonce
cette jeune pousse de 23 ans, qui a su s’entourer d’artistes « Makasound » comme Victor Demé ou Winston Mc Anuff, et sous les ordres de Manjul, son réalisateur attitré depuis sa signature sur ce label. Ce sorcier du son a laissé de coté sa griffe dub pour peaufiner ici un reggae plus terre à terre (« Reggae Donkili » ou « Anawafe ») fait de substances charnelles moins aériennes, qui supporte la diversité étonnante de cet artiste. En élève brillant, il sait transfigurer les styles, du Blues le plus touchant au Ragga Dancehall
le plus enlevé, se démarquant des produits estampillés « reggae africain » qui se ressemblent un peu tous, il faut bien l’avouer. Avec 5000 exemplaires de « Zion Prophet » vendus, il a conquis un large public et dévoilé ses multiples visages, sans pour autant se camoufler derrière eux. Quand il soutient son équipe de foot (la Guinée est en phase éliminatoire de la coupe du Monde), ce Sizzla africain devient sauvage (« Mama Africa »), mais sait aussi se fondre dans le moule FM pour toucher la génération dont il fait allusion (dans « j
eune fille »). Cernant tous les sujets, du parcours politique de Sékou Touré à sa volonté de Liberté, il vise juste et prend en otage notre platine (particulièrement sur les trois premiers morceaux, et sur « Jah Kingdom »). Avec parait-il des artifices en réserve (les deux albums que Tiken Jah Fakoly aurait du sortir), on attend un concert explosif à Marseille pour sa première venue ici, et un long parcours pour le soldat de cette armée puissante, rassemblant de nouvelles recrues un peu partout en Afrique aux noms aussi hétéroclites que Alpha Wess, Kush, Metzodjatah ou Shasha Marley ! X -Ray
Takana Zion : Rappel à l’ordre (Makasound) srtira le 11 Mai, date plutôt bien choisie, mais attendue depuis un bail...lundi 4 mai 2009
Main de Maître
Consolons nous de l’annulation des Last Poets (qui partait pourtant pour être l’évènement de l’année à l’Espace Julien) en nous procurant ce joyau à la pochette abyssale et profonde, signé Larry McDonald, et pour le hisser probablement au rang DU disque de l’année...
Pour faire le tour de son sillage musical, il faut commencer par le resituer comme LE percussionniste attitré de Gil Scott-Heron (jamaïcain d’origine lui aussi), mais aussi ressortir de nos bacs vinyls le chef d’œuvre de Peter Tosh (Bush Doctor), l’album solo de Wiss (d’Israël Vibration), la discographie de Taj Mahal (le bluesman caribéen échoué en Californie) et même aller beaucoup plus loin avec les dérives post métal du membre fondateur de Sepultura au sein de l’entité Soulfly ! Plus récemment, et toujours à NewYork sa deuxième patrie, on pouvait noter sa participation inégalable au son Ska Revival de Dave Hilliard (ancien Slackers) comme à la mouture roots-instrumentale créé par David Hahn, membre d’Antibalas, « Dub is the weapon » dont la carrière l’a amené à jouer live avec Lee Scratch Perry ! (allez voir sur you-tube !).
Avant de quitter (vers 73) son île natal de la Jamaïque, Larry Mcdonald fréquentait
déjà les studios pour y accompagner Bob Marley (période JAD) ou le groupe expérimental Zap Pow, et d’autres moins connus comme Denzil Laing ou Clancy Eccles. Il a ensuite suivi l’envol en solo des Wailers (participant même au « Blackheart Man » de Bunny) et des premiers groupes de Reggae new-yorkais, comme les parfaits inconnus Jah Malla.
Ce premier album surprenant est donc le meilleur moyen pour lui de se replonger dans les cinquante et quelques années de sa carrière ! Le concept original de Drumsquestra a été de réunir uniquement en studio les meilleurs batteurs, percussionnistes et chanteurs, de la génération des Bongo Herman et des Mystic Revelation of Rastafari à celle de Sly Dunbar et d’Alvin Houghton, avec aussi l’apport d’un percussioniste brésilien, de remixeurs issus du combo hip-hop boogie Down Productions, confrontés au son pur du elder Bongo Shem, de Saint Thomas (sa paroisse et celle de son producteur Sydney Mills).
Le remous provoqué se révèle être une parfaite fusion, et l’on s’étonne de naviguer sur des rythmes entraînants et modernes en écoutant un flow de paroles avisées. Les rythmes menés tambours battants partent de Jamaïque (le Hit « Head over Heels » avec Dollarman en bonne introduction à l’album) pour visiter ensuite le Brésil, la Côte d’Ivoire (« Backyard Business »accompagné par le message africain de Joe Thomas et des percus kumina), l’Inde (avec le scat infernal des Paray suivant à leur façon le tempo jamaïcain) ou New-york bien sur…Au gré des courants qui ont inspiré le musicien pendant sa prolifique carrière, il invite à chacun de ces voyages l’accompagnateur idéal pour chanter cette quête de sens si diverse mais tant universelle. Si le chant froissé de Stranger Cole ou le miracle gospel de Toots Hibbert sur de la Go-Go House peut dérouter,
la Dub Poetry de Mutabaruka (ou du sublime morceau de Ras Tesfa, grande découverte de ces featurings) tout comme le rap de Bobby Davis alias Shaza (dans « No More ») tient la barre d’un militantisme pro-black cher à Abbey Lincoln et reste dans le sillage de la veine consciente du hip-hop. L’ensemble ravise l’auditeur après plusieurs écoutes car la richesse du fond efface l’absence voulue des autres instruments. Un océan de bien-être (« Peace of Mind ») prend place peu à peu (sur le morceau Mento,
on y entend même Larry frapper sur des rocs au fond de la grotte d’Anotto Bay), et pour conclure ce Jubilé, il cite dans une sorte d’improvisation slamesque tous les pionniers du Jazz de son île natale, une façon de les inviter à cette croisière peu banale agitée de peaux et de claves, mais qui ne demanderait qu’à être accompagné d’un piano (Monty Alexander), d’une guitare (Ernest Ranglin) ou d’une contrebasse (celle de Gary Cosby et du Jazz Jamaica all stars en serait la meilleure illustration…)Larry McDonald – Drumquestra (MCPR music/I welcom)
samedi 11 avril 2009
Dub de renégat

Bricolé au départ à la lumière d’une ampoule dans des studios de fortune, les échos du Reggae jamaïcain se sont dispersés dans le monde pour subir le savoir-faire des Occidentaux. Entendre résonner le Dub du fin fond de la Mongolie ou danser un rythme caribéen sous le froid austral n’étonne plus personne aujourd’hui. Ce bric à brac tend à se diluer sous une couche de détachant universel qui ne nous cloue pas vraiment sur place ! Mais dans le cas de ce « Renegade Rockers », celà déboulonne plutôt bien, et martèle un son
profond dans nos enceintes. Seul bémol, je n’arrive pas encore à percer le secret de la pochette lugubre et sans intérêt, et l’idée des stations ferroviaires urbaines des deux précédents me faisait plus délirer. Dans le grand froid canadien de son atelier, Dubmatix fait sonner quarante années du genre à l’aide d’outils rustiques ou high-tech, et de fidèles apprentis dont les photos tapissent les murs de son usine à dub (la Dub Factory), comme Linval Thompson (avec qui il a travaillé pour son dernier album chroniqué ici), Willie Williams ou Mikaël Rose. On l’imagine dans son enfance puni et enfermé dans le studio de son papa (qui assurait alors le destin musical d’artistes comme les Pointer Sisters ou même Janis Joplin) à bidouiller ses machines et fouiller dans ses vinyles. Ayant fait depuis deux bons premiers albums, l’artisan ne s’est pas fait dévorer par la technique, et s’est même un peu éloigné de la scie stepper du Novo Dub anglais qui nous avait intéressé au
prime abord. Une touche plus organique se détache dans cette maîtrise parfaite du sujet, révélant un travail ardu de passionné et une ouverture évidente à tous les rythmes jamaïcains. Cette sortie élargit encore un peu plus le champ musical que développe la scène américaine. Des chroniqueurs peu avisés pourraient facilement résumer ce nouveau genre à Groundation et Matiyasu (qui sortent tout deux leurs nouveaux albums au mois de Juin), mais ce n’est sans compter sur les autres, Soja (les transgéniques
Soldiers of Jah Army) ou aussi John Brown’s Body, qui nous livre depuis leurs début un reggae roots excellentissime et personnel, et qui ont réalisé dernièrement une superbe vidéo d’animation (visible sur you tube) d’un de leurs morceaux remixé par … Dubmatix, évidemment !mardi 7 avril 2009
Un as et une paire
la rédaction de mes chroniques, ce qui est m’a foi un peu vrai... mais il ne faut pas croire que je fasse l’impasse sur certains disques sous prétexte de manque de temps… c’est au contraire par manque de disques ! ! Vous n'avez qu’à voir les sites Internet concurrents, c’est assez illustrateur de la crise que traverse le mouvement. Même les plus gros catalogues commencent à freiner leurs sorties, après avoir pensé bien faire (VP et ses rééditions de chez Randy’s…). Et dans cette humeur morose, certains hésiteront sûrement à promouvoir de bons projets, c’est logique. Ce n’est pas le cas de cette boîte parisienne qui s’engage avec un album dont
je vous reparlerai bientôt, « Drumquestra » de Larry Mc Donald, même si il n’a pas l’aval des rootsmen qui lisent ces lignes, peu importe ! D’autres profitent de l’absence de certains (voire de leur décès) pour continuer à les spolier, comme ce mystérieux label parisien Jahslam, qui reprend les mêmes bobines qu’à l’époque Esoldun égrainait déjà, sans retour aux artistes… On ne vous en dira pas plus sur la sortie de ce cd d'Alton Ellis, cela n’en vaut pas la peine, et si vous l'aimez, essayez d’acheter de bons vieux vinyls, cela vaudra mieux. Ou alors de se tourner vers Bitty Mc Lean, qui revient enfin sur le devant de le scène, avec son album « Movin’ on ». On l’annonce en effet comme le digne successeur de Mr Rock Steady, pas étonnant au vu du buzz dégagé lors de la tournée Banlieues bleues il y a deux ans pile, et de ses deux prestations de 2009, en Sound System avec le Soul Stéréo, et au bataclan très bientôt avec Sly & Robbie. Présent dans une presse française unanime, on peut s’interroger sur la fiabilité des éloges de certains quand on sait que le disque est produit par un des chroniqueurs dudit journal, et quand on sait que l’album a été enregistré par les Riddim twins fin 2006.
Si on attend trop la sortie d’un nouvel album, c’est louche ! Ils disent avoir entièrement retravaillé leurs compos, on retrouve donc le son des années 80 d’ « Unmetered Taxi » à «Merry Go Round », en passant par le "Trouble You a Trouble Me" de Ini Kamoze, ici livré en duo magnifié par Johnny Osbourne, un son remis à la sauce actuelle, ce qui n’est pas pour déplaire. Quelques bonne reprises d’Otis ou de Bobby Womack, et une patte bien léchée en font une des productions de plus du duo, qui depuis a remis le couvert pour d’autres (Amy Winehouse ne travaillera pas pour eux, mais U2 ( !) Wasis Diop, et surtout Courtney John (à découvrir bientôt sur ce blog) font partie depuis de leurs carnets de commande, avec Lutan Fyah et Cherine Anderson.
On va sûrement dire que c’est facile pour eux de délivrer ce reggae pop de modeste facture, surtout si l’on écoute une chanson comme "you’re welcome stop on by", mais ce n’est pas nécessairement grâce à leur travail que cet album vaut son pesant d’or. Ce petit Bitty fait des ravages quand il s’agit de remonter le temps, c’est un peu le Raphael Saadiq du Reggae, un Beres Hammond qui aurait redécouvert de vieux vinyles sur sa platine, un jeune de la nouvelle Star qui aurait décidé de nous épater (tiens d’ailleurs il ressemble un peu au black de service de cette année, un certain Dané…). Le passé déjà chargé de cet artiste parle pour lui. Ancien chanteur avec UB 40 (il y a quinze ans, bien avant Maxi Priest !),
il a sorti son premier LP en 94. Grâce au disquaire/distributeur UK de Studio One Peckings, il a ensuite par deux fois remis au goût du jour avec succès les oldies rock steady que l’on connaît par cœur de Coxsone et Duke Reid. « Come to Me » « Real Thing » et sa reprise de Stevie Wonder (« Lately ») font mouche sur ce nouvel album, et même si il n’y a pas la hargne quand il touche au chef d’œuvre qu’est « try a little tenderness », il y a une ame, un cœur, un feeling. Il reste la Soul montante, une étoile filante promu à un bel avenir… A écouter à deux sous le duvet, et si vous êtes tout seul, préférez donc ses deux albums précédents, pour y retrouver l’âme sœur sur de bons 45 tours d’avant… X- Ray
vendredi 13 février 2009
Amen, Salam, Shalom, Namaste

En quête d’unité jusque dans son titre, l’album tant attendu de ces pionniers du Reggae en France est d’actualité. Alerté par la guerre fratricide entre différents pratiquants d’une même famille, « la descendance d’Abraham, Isaac, Ismaël », Soulemane Saar le chanteur se souvient de son expérience vaine au sein des casques bleus et reprend l’arme du micro. Installés à Bordeaux, ils n’ont signé que quatre albums en 15 ans, mais depuis leur première frappe (« Immigré » en 1993), ont conservé leur identité africaine, si bien qu’il est difficile aujourd’hui de les classer comme groupe français.
qui a ressorti les bandes de son « Fisherman » pour honorer son patronyme. Les membres du N’Diaxas band ont du coup disparu du livret et les titres à l’écoute ne sont plus tout à fait originaux : « Selassié » reprend du Gregory Isaacs, « Alhamdou » une rythmique de Bunny Lee, et « Ndounsay » du Max Roméo. Cet album si africain dans l’âme se fait alors l’écho redevable de la musique jamaïcaine, fait pas si fréquent finalement. La voix si haut perché du chanteur mitraille la paix entre les deux genres, et son talent fait mouche. On espère un retour en force de son armée pour les festivals d’été !X-Ray
Niomika bi – Salam Shalom (Makafresh)
vendredi 6 février 2009
Happy anniversary Legend !
A peine remis de l'hommage au Roi du Dub, qu'il faut faire celle du Roi du Reggae... Pour remédier à celà, le docteur vous propose sept critiques de cd, faites à l'époque pour un magazine national et signé sous le sobriquet de Willy Relia... Les voici telles quelles, sept albums pour sept jours en compagnie de Bob Marley, toujours salutaire et quasi indispensable en ces temps d'incertitude... 1-Bob Marley : Natty Rebel (Orange Street/Night and Day)

Le Reggae est une musique issue de la culture du tiers-monde, et a été adopté tut d’abord par les classes sociales défavorisées. Ses fans de base sont donc obligés de regarder leur portefeuille à chaque nouvelle compilation de leur prophète, et ne s’emporteront pas sur ce nouveau disque: Le nouveau design ne ressemble en rien aux pochettes des Wailers de l’époque, qui ont toujours fait preuve de simplicité et etaient porteuse d’un message clair. Et il cache les mêmes sessions que l’on nous a déjà re-servi en France (produites par JAD, Vol 1 à 3 du label Pense à moi »). La seule explication est que tous ces titres font l’objet de différentes licences pour chaque pays, et que donc chacun y va de son petit hommage. Ayant également inscrit sur ce cd « Vol 1 », il y a fort à parier que les autres volumes seront tout aussi identiques. Ce coffret de deux cd se révèle donc important pour tous les ignorants aux poches pleines, qui cherchent au delà de l’essentiel, toute trace musicale de ce géant…
2-Bob Marley : Talking Blues (Island)

Si les hommages actuels semblent discréditer sa carrière, revenons donc dix ans en arrière, un jour d’Avril 1991, quelque part en Californie: De grandes affiches publicitaires dévoilaient alors la pochette du dernier Bob sur Island, image posthume d’un visage jeune, sans locks, sur fond bleu et orangé. Et toutes les stations de radio crachaient l’étonnant « Kinky Reggae ». Cette sortie a eu plus de reconnaissance aux USA et c’est en partie là-bas que ce « live en studio » a été enregistré, au Record Plant de Sausalito, avec une demi-douzaine de spectateurs chanceux, et l’absence de Bunny, fatigué de tant de tournées, remplacé par Joe Higgs. Il y a dix ans, ce « nouveau » Marley était une gageure : Pour compléter cette session inédite reprenant les titres de Burning et Catch a fire, une première version de « I shot the sheriff » au Lyceum, les moutures de « Bend down low », « Talking Blues » ou le rare « A-ma-do », ont été ajoutés : Sans aucune volonté de perfectionisme, voire même de dé-ification du personnage, on l’entend même avant chaque titre, lors d’un interview calme et posée de 1975, pour nous laisser une image non ternie ou déformée de ces débuts sur la scène internationale.
3-Bob Marley : Survival (Island)

L’album le plus vivant, le plus authentique: C’est gràce à cet album que Bob revient sur le devant de la scène mondiale, et réussit à conquerir enfin le marché « black », américain et africain. Sa conception est le résultat d’une alchimie a la fois mystique et technique, faite en 1979: Un nouveau studio se montait, avec le somptueux Black Woman de Judy Mowatt pour essuyer les platres, et Alex Sadkin avait été nommé ingénieur-producteur. Bob lui était allé en Ethiopie, et ce premier voyage en Afrique avait réveillé sa conscience. Intitulé à l’origine « Black Survival », Neville Garrick a préférer substitué le premier mot en illustrant le peuple noir par les drapeaux des pays indépendants d’Afrique, et avec l’image d’esclaves entassés dans les soutes de bateaux pour représenter la diaspora. Les sujets universels de ces dix nouvelles chansons (plus aucune reprise d’anciens tubes époque Lee Perry) touchent à la survie de l’homme, la lutte, la compétition, et le nationalisme. Le cercle des musiciens s’est élargi, avec des overdubs de Val Douglas, Mickey Boo ou Dean Fraser qui laissent présager une future sortie par Island, dans sa version « brute » : Espérons qu’ils y ajouteront l’inédit « Wonded lion in the jungle », ou la dubplate « Babylon feel dis one », tirés de ces mêmes sessions…

4-Bob Marley : Black Ark Sessions (Ascension)
La période la plus exploitée de Bob est celle du producteur Lee Perry, un vrai puzzle pour tous ceux qui veulent s’y retrouver, tant de nombreux disques non officiels trainent aujourd’hui dans les bacs des supermarchés. Pour prouver que son talent a fait mouche dans les quatre coins du monde, un label australien s’est débrouillé pour sortir ses deux titres et leurs instrumentaux, concoctés dans les années 70, sans aucun bidouillage ultérieur: « I know a place » n’a donc plus rien à voir avec l’ignominie qui passe à la télé pour la publicité Universal, et « Who colt the game » est lui aussi le fruit d’une seule prise avec, présents aux coté de l’ingénieur fou, une voix survoltée et une rythmique à l’état brute : Pas de doute leur collaboration aura été fructueuse au délà des albums réalisés au studio 17, à la fin des années 60, comme en témoignaient Soul Revolution et African Herbsman: le Black Ark Studio a aussi reçu la visite du prophète reggae pour ces singles, et cette double tranche de vie est à placer entre « Jah Live » et « Punky reggae Party ». Au fait, vont-ils un jour oser nous les relifter, ces deux-là ?
5-Monty Alexander : Stir it up / the music of Bob Marley (Telarc)

Créé par les sbires de Blackwell, le label Jamaïcan Jazz a remis en selle Ernest Ranglin, virtuose du « guitar-picking », et propulsé le talent pianistique de Monty Alexander dans l’univers reggae, avec « Exodus » notamment où la symbiose avec le Jazz était parfaite. L’idée de cet hommage est donc naturelle pour cet homme, qui a toujours baigné dans un climat tropical, ses interprétaions se référant très souvent à ses racines caribéénnes. A ses débuts, ces îles fourmillaient d’orchestres aux rythmes typiques qui, conciliés au Jazz en vogue à l’époque, s’exportaient sur le continent américain. Il aurait même joué avec les futurs Skatalites, pour Clement Dodd. Si ses premières révélations reggae discographiques furent tardives, mais il a toujours su orienter ses compositions vers un métissage culturel. Ce qui est troublant à l’écoute de cet hommage, c’est d’entendre comment les interprétations de ses musiciens collent avec le reggae, alors qu’ils viennent d’horizons différents. A croire que les mélodies de Bob ressemblent beaucoup à l’esprit jazzy, Blues dans « So Jah Seh », « Runnin’ Away », ou plus Bop pour « Jammin’ », et un « Could you be loved » très rythm ‘n Blues. Encore plus troublant est l’hommage strictement jazz qu’a rendu Charlie Hunter au Roi du
Reggae : Même si l’on enlève la colonne vertébrale, la Basse, ce « Natty Dread » paru chez Blue note tient la route, et illustre bien mieux les subtilité du genre qu’avec les nappes destructurantes d’un Bill Laswell par exemple …6-Various artists : The Marley family (Heartbeat records)
La Marley mania n’a pas toujours été célébrée avec la même ferveur et le même enthousiasme qu’aujourd’hui, mais il a fallu du temps, et quelques procés fleuves, pour asseoir l’immense Empire de Tuff Gong dans les jardins de Babylone : A Manhattan plus exactement, au sommet d’une de ses tours en verres glaciales; dans les bureaux,
le son Marley s’écoute feutré, et les visages de ces jeunes secrétaires ne revendique pas l’opression et le militantisme. Seulement un école de bons élèves, qui recherche assidument tout piratage de l’image du maître, sur les tee-shirts illégaux, les affiches de concerts, et dans les droits d’interprétration. Une grande famille dit-on, présenté pour la première fois en 1995, sur ce cd assez bien ficelé, et sous l’appellation controlée «Rita Marley organization ». Mais attention, l’arbre généalogique ne mentionnera pas souvent le nom des musiciens originaux de Bob, les Wailers, et tout n’est pas (encore) parfait : « I know », seule chanson du père, aurait pu être inclus dans sa version longue, avec quelques autres titres (avec Ziggy par exemple) ; rien n’est dit sur l’origine ethiopienne de Dallol, qui a fait pourtant tout un album pour Tuff Gong, mais il est écrit par contre plus de 25 fois le nom de Rita, qui pose en chef de troupes, devant un parterre plutôt hétéroclite, et qui d’ailleurs a considérablement évolué depuis.7- Bob Marley and the original Wailers / live at the wonderdream
Pour mesurer l’impact de son œuvre, et comprendre comment il a touché le monde entier, rien ne vaut un bon vieux Live. Mais leur qualité est souvent approximative, leur distribution faite par les nippons, et leur prix prohibitif. Avant que Rita Marley ne se décide à mettre de l’ordre dans tout ça, il est possible de trouver quelques souvenirs sur Internet, et c’est donc par hasard et de manière illicite que l’on peut graver pour toujours ce concert enregistré le 04 Octobre 1975, à Kingston, et qui marque la dernière apparition publique des trois Wailers d’origine: Pour une première partie de Stevie Wonder, ils ont donc retrouvé ensemble leurs sensations passées, Tosh électrisant le public par son tube d’alors, « Legalize it », ou par le foudroyant « Mark of the Beast », Bunny Wailer nous dévoilant son « Fight against conviction », et Bob exhultant sur le tout neuf « Jah Live ». Et quand ils reprennent un medley de tubes anciens, comme « Simmer down » ou « One Love », mis au tempo reggae, leur complicité et leur talent sont partagés par l’ensemble des Jamaïcains présents lors de cette date qui fera histoire, et qui est quasi-oublié aujourd’hui !