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mardi 16 novembre 2010

Discussion d'amis

Pour une fois, ce n’est pas la ligne de basse qui donne le thème à ce riddim, et qui le rend reconnaissable entre milles, mais quelques notes répétées au piano, et que l’on entend dès l’intro de mon mix ci-contre (en direct sur le 88,8 le 07 Décembre prochain… Une production Bunny Lee de la fin des années 60, « My Conversation » est une foundation tune d'un des plus fabuleux chanteurs que la Jamaïque ait engendré (et qui n'a malheureusement gardé aucune image vidéo de lui ! ! ! !), et n’est pas non plus issu du vaste catalogue Studio One, alors que ce chanteur a enregistré un album entier pour Coxsone. On en trouvera tout de même deux versions, une par Cornell Campbell et plus rare par Wendell Haye (?).
Outre ces deux originalités, c’est avant tout le premier riddim à avoir été décliné sur un album entier, « Yamaha Skank », une idée du producteur Rupie Edwards en 1971. Alors explication : Au début des années 70, Rupie voulait bien produire, mais sans le sou, pas de son, et il avait du trouver un travail régulier à Kingston : Chef mécano dans un garage, il a pu gràce à ce petit boulot vidanger la caisse de Duke Reid, redresser l’aile de Coxsone et vérifier les cardents de Bunny Lee. Idéal pour tisser des liens dans le business ! On imagine facilement un de ses éparations « rémunérée » par le don d'un titre, en l'occurence ce "My conversation", avec l’autorisation pour le nouveau propriétaire d'en faire ce qu’il en voulait. Plutôt que de la réinterpréter par différents chanteurs, Rupie a pris le parti d'enregistrer tous ses poulains dessus, musiciens, DJ, et même les apprentis de son garage ! Cela vaut bien une autre explication : Le jeune Stumpy, travaillant également sous le capot des voitures, a entendu ce morceau et imaginé un toast dessus, le lendemain d’une soirée où se clashaient (déjà) deux sound-systems rivaux, President et Stereo de Spanish Town. Deux jours plus tard, en studio, il donna l’idée à Rupie qui a tout d’abord tenté de donner le micro à U-Roy junior, sans succès. Il eut alors l’idée d’enchainer ses lyrics en sifflant l’air de piano évoqué tout à l'heure, et ce fut un hit, tant et si bien qu’il prit le nom de scène définitif de Shortie the President, et fut même le seul à sortir dans le même temps deux autres succès sur ce même instrumental (et incidement devenu un standard du public skinhead d'Angleterre !).
Ce disque 33 tours a été ré-édité à la fin des années 80 sous le titre « Let there be version », avec trois inédits. Pendant les années roots, on retiendra les versions de Leroy Smart, de Jah Thomas et surtout de Barrington Levy, « Collie weed », la plus rare aujourd’hui étant celle de Black Skin, « Hey Mister Babylon » (ensuite toasté par Yellowman sur le maxi 45 tours)… Puis Lone Ranger (ou Dillinger suivant les témoignages) eut l’idée d’y intégrer l’histoire sulfureuse de Barney, surnom du vampire Barnabas Collins : Succès mmédiat, et pain béni pour Scientist et sa version dub affolante ! Après avoir été longtemps oublié, le Dancehall lui donna une seconde vie, par l’intermédaire du label Big Yard en 1999 (avec une subtile version de Beres Hamond et son pendant DJ par le producteur Shaggy lui même) puis repris par Digital B et Stone Love en 2000 et BrickWall en 2001 dans de brillantes séries (quoiqu'un poil trop Lovers).
Coté Anglais, après le pur bijou de Judge Dread (son tube Big Seven, qu'il a reprit ensuite avec Docteur Ring a ding), c’est l’écurie Fashion qui a remodellé l’instrumental pour y faire apparaître le toast rapide de Tippa Irie, un souvenir mémorable dans les bacs du disquaire Blue Moon au milieu des années 80 et peut-être la version la plus inventive. Si je n’ai toujours pas trouvé de version Rap pour le Ba Ba Boom, celui là a été judicieusement repris par les canadiens Dream Warriors sur leur premier LP !
Rappellons tout de même l'existence du groupe originel vocal des UNIQUES qui a enregistré ce "My conversation", avec son chanteur Slim Smith. Un succédanné des Techniques, le groupe a démarré avec Franklyn White & Roy Shirley, mais Lloyd Tyrell, Jimmy Riley, Al Campbell, Cornell Campbell sont passés dans la formation au fil des ans, il est d'ailleurs logique et légitime de retrouver en solo leurs versions respectives. Quant à savoir qui chante sur l'original, c'est plus dur ! (surtout qu'il en existe au moins trois différentes, sdont une titré par Trojan "Brotherly Love")... Enfin, pour être complet, signalons pour les fans dingues de séries américaines que cette chanson figure dans le quatrième épisode de la deuxième année de la série Lost, car le 45 tours est écouté sur un vieil électrophone de la base (Rose fait passer le disque sur la platine du Cygne pour donner du coeur à l'ouvrage à Hurley). Peut-être que les auteurs ont vu dans ce morceau la faille psychologique de son chanteur, toujours est-il que Slim Smith a eu une fin de carrière brutale. Après une déception sentimentale, il fut interné à l'hopital Bellevue (le même qui avait reçu Don Drummond) puis une nuit passa par la fenêtre de sa maison, au sens littéral, et mourrut de blessures consécutives aux bris du verre causés. Triste fin pour la Jamaïque, mais surtout première idole à passer l'arme à gauche, en pleine gloire. Et Dieu sait si à l'annonce récente de celle de la mort de Gregory Issacs, on ne pourra que conclure que si elle n'a pas été un choc pour beaucoup, c'est qu'elle n'a pas eu lieu 20 ans plus tôt...(NB : TOUTES LES PHRASES SURLIGNEES VOUS DONNENT RENDEZ-VOUS SUR YOU TUBE PAR UN SIMPLE CLIC, UNE AUTRE FACON DE MIEUX REDECOUVRIR CE RIDDIM ! ! ! )

vendredi 8 octobre 2010

B A ... D A ... B o o m !

 Ba ba… Booom ! C’est avec grand bruit que débute ce premier Murder riddim Stylee, un hommage mensuel à la musique jamaïcaine et aux riddims en particulier: En Jamaïque, le riddim qualifie un motif rythmique joué par la basse et soutenu par un « pattern » de batterie. Tous ces classiques, disséqués ici par le docteur, ont traversé les différentes époques en faisant mouche à chaque fois… C’est uniquement sur cette île que l’on a pu observer ce phénomène, avec autant de succès (Hit) pour une même chanson (Tune) : A la différence d’une simple reprise, on y recycle les standards connus des bals de danse (Dancehall) en y collant de nouveaux textes (Versions) et en provoquant très souvent une nouvelle réussite, ce qui transforme ces airs en rythmes éternels !

 Rock Steady, Reggae, Roots, Dub, rub-a-Dub ou raggamuffin, le Baba Boom se retrouve sur plus de 120 singles différents*, couvrant une période de plus de 20 ans, en Jamaïque et partout dans le monde : En Grande Bretagne avec le duo Clint Eastwood and General Saint sur un maxi 45 tours produit par Chris Cracknell, ou avec le groupe Black Slate qui en ont aussi joué une version, jusqu'à Seattle (dans le dernier album de Clinton Fearon, « John Jones » nous fait revivre cet infatigable beat) et sur le continent latino-americain (avec Mikey White). Sûr que le milieu hip-hop n’a pas dû y passer à coté, aussi si quelqu’un me trouve une version américaine « old Flava Rap » du Baba Boom, je suis preneur !…

 Une real fondation tune… Bizarrement, c’est grâce aux premières dances slackness alors en vogue que l’on a ré-entendu le Ba Ba Boom au début des années 90: Album à ranger avec les rendus plus récents de Elephant Man ou Mega Banton (« First position », néanmoins un gros tube)... Ce riddim a davantage soutenu des paroles conscientes, beaucoup plus sérieuses et moins naïves qu’elles ne l'étaient à l’origine… Un simple rythme qui devient vite une envie de révolte, un besoin de se faire entendre… Une explosion bruyante, ce Baba Boom !
C’est le label Création Music en 2001, produit par le déjà vétéran Triston Palmer, qui le premier dépoussiéra ce classique dans le nouveau millénaire, nous faisant découvrir en même temps deux artistes qui vont devenir de grosses pointures, Mikey General et Jah Mason. … Et même Sugar « Booga » Minott ‘pon the version, une victime du système accompagné par le DJ Delly Ranks ! De terribles combinaisons voient le jour, même sur d’autres labels, comme Dennis Brown et Beenie Man, et plus tard Sizzla & Vybz Cartel. On retrouvera cette ligne de basse jusque dans les mixes les plus modernes comme la Jungle de Shy FX, ou l’électro des Néo Zélandais de Dub Asylum... Mais à quoi pouvait donc bien ressembler cette chanson, à l’origine, lorsqu’elle a été enregistré chez Duke Reid à Treasure Isle, un beau jour de 1967 ?
(Sur la photo en n. & b., de g. à d. :
I kong, Martin Williams, Norris Weir, Owen Holton, Tommy Cowan, et derrière un guitariste inconnu et le batteur Richard Chin)

C’est un des deux des tubes du groupe The Jamaicans, avec « Things you say you love », qui sera ensuite popularisé par le toast de U-Roy. Aucun album sous leur nom, (mis à part une compilation en cd sur Jamaican Gold dans les années 90), ce single de Matrice TR 7012, et couplé avec le Real Cool de Tommy Mc Cook en Face B a été écrit pour gagner le concours annuel du Festival Song de cette année là : Qu'ils vont d’ailleurs remporter d’ailleurs remporter, tant les paroles et le refrain pousse à la fête et à la promotion du Rock Steady. C'est l’année où ce rythme sera Roi, après le Ska et juste avant le early Reggay, et c’est curieusement après qu'un autre grand bruit, (le Bam Bam des Maytals) ait remporté ce concours, on y verra là sans doute une allusion... C’est aussi le début sous les projecteurs de Tommy Cowan, un de trois chanteurs, qui produira ensuite les groupes Inner Circle, Ras Michaël & the Sons of Negus, ou Israël Vibration, sur des labels divers lui appartenant et réunis sous la bannière « Total Corporation ». Il est aujourd’hui marié à Carlene Davis, et évolue dans des sphères musicales plus pieuses, puisque converti au Christianisme depuis 1996. Avec des productions discographiques et son festival de Reggae Gospel chaque année, il tente dans un second souffle de rencontrer un nouveau public... Vous le connaissez car c’est lui qui a été pendant de nombreuses années le présentateur attitré de tous les Reggae Sunsplash et que l’on peut donc voir dans les vidéos de l'époque…

 Ce riddim classique n’est donc pas issu pour une fois du vaste catalogue Studio One mais de son Rival. Mais, pourtant, il semblerait bien qu’il n’existe une version à l’orgue de Jackie Mittoo, enregistré pour Coxsone Dodd, non ? En fouillant dans l’histoire, on apprend le nom du colporteur, à savoir l’ingénieur du son Sylvan Morris (ici en photo derrière la table de Dynamic Records) qui fit ses débuts à Treasure Isle : Après avoir enregistré ce Baba boom, il se facha avec Duke Reid (« Il n’y connaissait pas grand chose en son, et ne voulait rien modifier… »), et partit travailler à Studio One, avec les Soul Vendors… Juste avant son départ au Canada, Jackie Mittoo a entendu ce morceau qu’il a du lui souffler, et ne s’est pas dérangé pour en faire sa propre version instrumentale. « Depuis ce jour, et jusqu’à sa mort, Duke m’a appelé chaque jour pour que je retourne travailler chez lui » avouera Sylvan Morris à David Katz, sans toutefois vendre la mèche… Il semblerait même que le Real Rock, un des plus gros riddims de Studio One (avec plus de 350 versions, un record), se soit largement inspiré du Ba ba boom dans sa conception…

Mais ne brouillons pas les cartes, les Jamaïcains sont assez forts pour cela surtout quand ils chantent ce Baba boom sur d’autres riddims (comme Steve Wright sur le murder she wrote » par exemple) ou que l’on y chante par-dessus la mélodie du Gunshot... Devenu même le "Boom boom Festival" de par chez nous quand il fut repris par les Cassidains de Daï Pivo, ce titre est passé entre les mains de Joe Gibbs, Junjo, Don Mais, Floyd Perch, Manzie, et bien sur King Tubby pendant la période Roots, sans toutefois avoir été trop « versionné »… Il s’appelait alors le "Independant Bam" (Rod Taylor), "Rub a Dub Time" (Ray I), ou à la fin des années 70, le "Dreadlock Time" de Junior Byles, une des meilleures versions existantes, enchainé sur le maxi avec le toast de Papa Kojak et Mama Lisa… Il y a aussi eu le Ja Man All stars pour un super Dub (présent sur la compil Blood and fire), Leroy Smart, George Nooks ou Sammy Dread, les toasts de Trinity (sur l’album « Three Piece suit »), et les harmonies des Meditations ou des Tamlins, pour énumérer les plus roots d’entre eux. Parmi les moins connus, les délires d’Admiral Tibet de Half Pint ou d’Horace Andy, que l’on ne peut se procurer qu’en single…
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QUELQUES SELECTIONS DANS LE DANCEHALL : label/année/ titre et chanteur.

GYASI 1991 Bad Boy, Super C / SHELLY’S 1991 Ready Dun, Nitty Gritty / DIGITAL B 1993 Hunt And Seek, Mad Cobra / ROOF INTERNATIONAL 1994 My sound Kill, Jigsy King
XTERMINATOR 1998 Real, Sizzla / HIGH GRADE 2000 – 2001 Narrow Escape, Capleton / CREATION MUSIC 2001 Black Woman, Jah Mason ;Victim, Sugar Minott & Delly Ranks / HI POWER 2002 Never Let You Down, Glen Washington / JAMMYS 2003 Don't waste time, Anthony Malvo; Build up the vibes, Leroy Gibbons; No More Shot, Admiral Bailey / BLACK SCORPIO 2003 Right Blend, Everton Blender / HIGH FENCE 2004 For Children Sake, Mikey General / ROCKY GIBBS 2008 On a Mission, Yami Bolo

Les Jamaïcains sont très fort, ils ont même pompé sur cette mélodie un air classique du easy listening américain, Herb Alpert and the Tijuana Brass : Eh oui, vous me croyez pas ? Tout récement, Orangina France en a même racheté les droits pour une pub prochaine, sans doute pour relancer leur Orangina Rasta qu’ils ont créé cet été sans réel succés… Il y a même en Jamaïque une des premières boissons énergisantes sortie en début d’année qui s’appelle « Boom »…
Mimi Maura aux Etats-Unis y a laissé sa patte bluesy de façon indélébile, même si là on parlera plus de reprises que de version. Même un groupe russe tient son nom de ce riddim (Ba Boom Time), tout comme des sound systems à Dijon et Munster en Allemagne... De quoi porter un toast à ce morceau de 1967, qui en plus d'être un très bonne année, a récolté tant de ferveur et d'inspiration, qu'il est devenu aujourd'hui un gage de respectabilité quand il figure dans un répertoire... même si il est toujours très difficile de s'avancer sur le nom du véritable créateur de cette ligne de basse mythique...

* 144 versions répertoriés, dont des doublons de Mikey General, Bounty Killer, ou Kojak & Lisa, ou des versions multiples suivant l'époque par Admiral Tibet ou Gregory Isaacs (pas franchement le titre où il a été le plus à l'aise...) La plupart des sites internet recensant les riddims jamaïcains en propose bien moins, oubliant Black Slate, Mimi Maura, Rod Taylor, ou bien sur la version toute récente de Clinton Fearon...

NB pour l'auditeur, la partie one reunit les titres de la période roots, la seconde le Dancehall, alors que la dernière rassemble les noms surlignés ici en rouge, et d'autres encore... Une courte sélection mixée de 12 minutes a été diffusé sur le 88,8 en compagnie de Izmo dans son émission Power Station, Big UP à lui !