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mardi 30 juillet 2013

Kingston Sur Cèze, la bulle REGGAE.

Une nouvelle page du festival Reggae à Bagnols sur Cèze a été tournée le Week-end dernier, il est temps de dresser un petit résumé de ces quelques jours dans l'enceinte du plus gros Festival de Reggae de France... en attendant le Reggae Sun Ska en Aout ! Les photos encore une fois de qualité sont de mon confrère Touhid et visibles en Portfolio sur le site du journal marseillais Ventilo.
Retrouvez toutes les photos sur le site de Ventilo.
35000 Festivaliers en 2010, pratiquement le double trois ans après, l'équipe peut être fière du travail accompli, bien que largement critiquée par ceux qui avaient vécu les éditions précédentes du Reggae Sunrise, et Ja Sound Festival. Un événement qui reste malgré ses records d'affluence assez underground et marginal sur les médias, son rayonnement venant du bouche à oreille principalement, et du travail de toutes les petites structures qui animent le site et les stands. Un Festival Off se dessine d'ailleurs avec le Zion Garden juste avant... Le tremplin de "jeunes groupes en herbe" était le plus cette année. Un finaliste de valeur, Inna Rose s'est payé la grande scène le dernier jour - Une formation née pour l'occasion autour du chanteuir Joe Pilgrim - et prouve s'il en est encore besoin la versatilité régionale et nationale de cette musique Caribéenne...
Des têtes d'affiche bien de chez nous ont d'ailleurs eu la lourde tache de diffuser très tôt dans la soirée les premières vibrations, et de ramener tous les campeurs naufragés au bord de la rivière : Mo Kalamity dans un genre sobre et efficace le Jeudi, Tiwony tout excité le Vendredi, ou un Naaman très attendu qui a sécoué la poussière de centaines d'espadrilles tenues en l'air par la jeune génération dans le Public... Mais la nouveauté venait de la venue des Aixois de Chinese Man, qui ont réussi à remplir le Parc dès le premier jour de cette même très jeune génération. En Sound System et autour d'un tromboniste, ils ont donné une version tout à fait inédite de leur prestation et dynamisé la programmation un peu redondante de la Dub Arena, en les transportant au milieu du Parc. Durant toute l'année, les Dub Stations amènent un peu partout en France ces artsites européens issus de la Scène Dub et s'inscrivent depuis le début dans la prog' du Garance, avec cette année Jah Shaka, Salomon Heritage, ou une battle assez gentillette entre Soul Stereo toujours efficace et Kilimandjaro. Un buzz énorme animait les alentours du Parc dès la veille, sur la venue de Johnny Osbourne, qui allait retrouver son pote Lone Ranger autour des platines de King Jammy !
La surprise a été tout autre, encore meilleure! En apprenant l"annulation attendue de Ini Kamoze (suite à celle d'Anthony B) on recevait en lot de consolation ces deux mêmes artistes sur la grande scène. Un exercice quasi improvisé, en reprenant les tunes choisis par Jammy et joué cette fois par We the People band. Ce sont eux d'ailleurs les vrais héros de ce Festival, le groupe accompagnateur présent les trois derniers jours pour accueillir d'énormes vocalistes ...
Un Jeudi marqué par les voix d'anges de Cornell Campbell et Don Carlos
Si le show très classe de Everton Blender ne réservait pas de réelle surprise, le trio vocal des Tamlins en est ressorti quasi intact, encore plus pro et à l'aise, avec des pas de danse et une touche Soul pour un des deux choristes. Les riddims utilisés étaient tous connus et leurs interprétations resteront dans les mémoires, car toujours aussi intenses et travaillées, soutenues par une paire de cuivres indispensable dans ce genre d'exercice, qui a pris confiance petit à petit. Ce dynamisme est surtout conduit par l'aisance d'un magnifique bassiste, le meilleur son de basse de l'île à l'heure actuelle et à mon avis, Lloyd Parks. Habitué à ce genre de cérémonie (en Jamaïque il "backe" déjà tous ces artistes Oldies), il a sans doute eu le Pull up facile, mais parviendra à dérouler pendant tout le festival un talent de vieux routier expérimenté... sans aucune faille !
Ainsi pour introduction le premier jour la voix d'ange de Cornell Campbell: On a pu apprécié l'enchainement de Boxing, Rope In, Up Park Camp, Queen Of The Minstrel, My Desire, 100 P; of Collie, My Conversation. Après avoir soulevé la foule avec Rasta no Born ya, le Gorgon a conclut avec son Fire in a Greenwich Farm... Même tempo et autres riddims pour Johnnie Osbourne jusqu'à un superbe Folly Ranking très rapide, venu en contrepoids d'un lourd et ténébreux Purifty your Heart. "C'est ensuite du Dancehall" lance t-il pour accueillir Lone Ranger, l'original DJ, pour quelques duos avec le Ice cream Love, Yo yo, puis un Bam Bam plus improvisé encore, avant de laisser Johnny Osbourne finir sur le Buddy Bye et revenir pour le Truth and Rights. Quelle heureuse surprise de les voir ainsi deux jours de suite, d'abord sur scène et le lendemain en Sound, reprenant d'ailleurs le même répertoire, une cool attitude qui marquera les festivaliers...
Le Reggae apparaît simple, les morceaux semblent connus de tous, et le show continue avec Don Carlos, cette fois-ci backé par les riddims Twins. Sly et Roobie se sont vite rappellés leurs souvenirs de jeunesse avec un des premiers chanteurs de Black Uhuru, mais laisseront l'artiste s'exprimer avec ses propres compositions, un répertoire qu'il a quelque peu changé pour l'occasion ! Moins de Dancehall du coup, comme avec le Zion Train is coming down ou le parfait "Everyday is like a holyday", pas toujours évident à soutenir en public. Par moment, le son de la basse de Roobie a envahi le Parc, mais ils ont vraiment donné une autre prestation que celle lamentable d'il y a deux ans avec Junior Reid (lui aussi Singer de Black Uhuru). Confirmation en toute fin du dernier jour avec une autre voix de Black Uhuru, Michaël Rose. Celà aurait été plus judicieux de les mettre à la suite, mais bon, ces deux chanteurs concurrents n'appréciaient peut-être pas de de retrouver cote à cote...
Question reproches, une petite déception ressentie pour le show très pro de Inner Circle, car si ils font bien mieux qu'il y a quelques années, le chanteur n'a pas vraiment la gouaille de feu Jacob et leur double hommage au chanteur originel et à son premier producteur n'a pas fait mouche. Entourés des blockbusters We are the Rockers ou Bad Boys, le mysticisme qui convenait n'a été atteint que lorsque le mélodica de Addis Pablo nous est parvenu, mais de manière anecdotique, sur Java. L'homme sort pourtant une production bien belle cette année, il conviendra de ne pas perdre sa trace, tant il paraît aussi humble et effacé que son père Augustus. Le Festival réservait une autre surprise de taille le Vendredi, avec la venue du meilleur batteur encore vivant dans le Reggae, Carlton "Santa" Davis. Ce n'est ni avec les Soul Syndicate, ni encore moins avec Peter Tosh que l'on a pu l'apprécier, mais alors avec qui ? Steel Pulse bien sur, qui du coup a perdu tout accent britannique dans sa musique, se rapprochant plus du son de Big Mountain (autre groupe américain des années 90 qu'avait conduit Santa Davis). Un choeur féminin et un seul Sax complétaient cette nouvelle formation, et a confirmé leur aura sur une grande scène. Un peu trop court quand même...
Quelques autres grosses pointures pourront faire la une des journaux, sans y apporter la même chaleur et la communion, mais répondant aux attentes premières du Public : Bouger, avec les Dub Inc°, Chanter du Marley avec l'un des fils Kymani, scander les vers de Sizzla, ou suivre les intentions de Busy Signal, le plus raggamuffin des artistes présents. Mais tous ont maîtrisés leur sujet, sauf peut-être un certain "a peu près" de Lee Perry, ici avec son fils, qui malgré son age et ses capacités, pouvait surement mieux faire en se réappropriant Blood and Fire ou Sun is Shining. A l'époque des débuts de Marley et bien avant sa rencontre avec the Upsetter, de nombreux chanteurs oubliés depuis drainaient succès sur succès. Après Jr Byles et King Stitt, le rescapé de cette année était Stranger Cole, tout frais et bien cravaté, et même si son message (un "More Love" sincère mais un peu poussif entre chaque morceau) frisait le gâtisme, ses Early Reggae et autre Skas furent parfaitement réussis, d'un Artibella endiablé à un final sur Try To Conquer Me... Strange jah Cole avait effectué un premier come back dans les années 90, avec un Sunsplash en 1993, on désespérait de le voir sur une scène française de qualité, c'est fait, et avec le We the People Band, entre les Tamlins et John Holt, c'était juste énorme. Ce n'est plus un artiste Reggae, Ska ou Oldies que l'on se prête à écouter, mais un artiste Jamaïcain, tout simplement. Et là encore la surprise est dans le Public, qui soutient autant ces chanteurs un peu délaissés des médias que ceux qui sont présents sur la F.M.Et pendant la digne prestation de John Holt; chanteur des Paragons, on l'a entendu insister sur le fait que seul un de ces tubes locaux a franchi les frontières de la Jamaïque, la reprise de Blondie de Tide is High. Pour lui aussi, les tubes s'enchaineront rapidement jusqu'au très attendu Police Ina Helicopter, adoptant ici une teinte plus Roots et moins radicale qu'avec les Roots Radics, ce qui donne à la chanson ainsi qu'à son interprète un air de jouvence...
Le Reggae, véritable élixir de Jeunesse !

Et puisqu'il est question de forces de l'ordre et de jeunesse, rajoutons pour finir qu'il n'y a eu aucun soulèvement de foule ou accrochage entre les festivaliers. Mis à part quelques rixes à l'extérieur le Samedi soir (complet comme le Vendredi), et quelques singes agrippés aux enceintes de Blackboard Jungle (toujours irréprochables dans ce genre de configuration d'ailleurs...), le bon ton et la positivité se ressentait jusqu'aux stands rangées sur plusieurs allées remontant vers la Dub Arena. Chacun a essayé, et presque tous ont donné le meilleur d'eux même, dans un lieu qui semble désormais voué au Reggae... Le choix des artistes et l'affluence en font plus simplement le meilleur Festival de l'été en France, mais un tel rassemblement de ce genre pour nous donner comme reflexion qu'une force vivante et pacifique est en marche, apolitique mais sociale, de toutes races et de tous bords, tourné vers un futur plus écolo et égalitaire!... Laissez moi rêver et retourner dans ma bulle Reggae, car le retour est plus casse gueule, on entend pas de Reggae dans les rues de Marseille mais plutôt des coups de feu...
X-Ray passe, John Holt le surpasse...

L'article sera peaufiné tout l'été, les vidéos arrivent !... Bonnes vacances, on reprend dès le 15 Septembre l'activité du Blog ! Guidance for all...

  


vendredi 31 mai 2013

UNITED FOR JAMAICA !

Entre les escroqueries organisées, les faux pas de nos hommes politiques et même la piraterie de nos comptes sur les réseaux sociaux, on devient vite méfiant dès que l’on entend parler de solidarité. Et quand vous répondez unanimement à un projet social qui se prépare dans un coin de la Jamaïque, comme cela a été le cas le 08 Février dernier, vous êtes donc en droit d’attendre une suite !

L’association Kabba Roots avait organisé en ce début de l’année 2013 un grand concert aux Docks des Suds, pour collecter des fonds et créer un Community Center en Jamaïque. L’idée semblait utopique, mais c’est sans surprise et avec beaucoup de fierté qu’ils réussirent à remplir le Cabaret, et à faire de cette soirée un évènement...
Solidaires autour d’un projet de longue date avec des artistes issus de la Communauté de Rockfort, ils ont dégagé toutes les motivations nécessaires pour réussir leur pari, en alignant sur l’affiche des groupes qui n’étaient plus trop d’actualité, bien que toujours actifs depuis plus de dix ans sur les scènes reggae régionales. L’intérêt porté par certains médias, comme le nouveau magazine V Marseille ou Virgin Radio, a conforté l’équipe du bon sens de leur projet en y apportant le V de la victoire… Très vite on a senti qu’un Public nombreux allait répondre chaleureusement à cette réunion, qui apportait un sens social, des notions d’unité et de partage, et donnait une vision assez complète de la scène Reggae actuelle.
48 heures avant la soirée, il était même question d’agrandir la capacité du lieu à tout l'espace des Docks! Le soir même, il a fallu contenir les longues files d’attente qui grelottaient sous le mistral avant le spectacle et aller au devant de tous les petits problèmes techniques avant le début du show. Bousculade aussi au stand de restauration Ital, normal, c’était trop bon !

Daï Pivo dans le cadre! (Crédit : Keuj)
Si l’on était venu jugé le travail du Kabba, on ne pouvait pourtant que respecter le professionnalisme de cette association, qui a assuré dans sa préparation, et qui n’était pour rien dans les débordements à l’entrée, ou dans la pauvreté des éclairages sur scène par exemple... Poussés par les sons des DJ’s, galvanisés par cet engouement, les artistes ont donné le meilleur, eux aussi. Tous bénévoles, ils offraient ainsi leur répertoire à la Jamaïque pour un soir, donnant à certaines chansons un tout autre éclat. Tous ensemble sur scène, une ambiance assez bon enfant régnait en coulisses, en revoyant tous ces visages nous rappelant de bons souvenirs… Tous à fond et hyper carrés dans leurs efforts, ils ont affiché de l’honnêteté dans leurs messages, la vérité dans leurs propos, et beaucoup d’humilité dans leurs démarches. Le mot d’ordre du Reggae : « One Love » a été suivi dans les règles de l’Art.
Le feeling des Sons of Gaïa a chaleureusement animé la salle. Le dernier album de Daï Pivo n’était pas encore sorti que l’on apprenait que les bénéfices de ses ventes iraient à un association de dons d’organe. La voix de Malik résonnait comme au bon vieux temps, dénonçant toujours les travers de notre société. La présence de nombreuses voix féminines a conforté l’idée que toute la famille Reggae marseillaise s’était rejoint sur scène pour rendre l’appareil au peuple Jamaïcain, et leur donner un soutien inestimable. L’ajout de dernière minute de Jo Corbeau illustre encore ce climat intergénérationnel que l’on retrouvait dans le public, de tout age, certains venus ici voir le Reggae qu’écoutent leurs parents :
Sur l’affiche, un des groupes n’avait plus joué depuis sept ans, et Lionel a du coup été poussé par la reformation des Ras Spigaous, sortant depuis un EP de quatre titres, et préparant ce soir leur retour sur la scène légendaire du Moulin, de longues années après le Marseille Reggae All-Stars, avec un son et une énergie intacte.
Et la Jamaïque ? Elle a suivi tout cela de son quartier perdu de Rockfort. Elle sait que cette fraternité ira un jour consolider leur Community Center. Elle a aussi appris qu’elle pourrait un voir peut-être voir les images de ce concert, la chaîne Mativi ayant tout filmé pour l’occasion, et bien sur toujours de façon bénévole, et l'on réfléchit aujourd'hui à la meilleure façon de distribuer le dvd. Tous les intervenants se sont d’ailleurs prêté le soir même à un interview à chaud dans les backstages. J'y ai quant à moi annoncé la préparation d'un gros disque dur rempli de musique Jamaïcaine, pour le partager dans le Community center avec tous ceux désireux de comprendre leur Histoire...
Mais ce sont surtout les 1250 entrées qu’a comptablisé l’association Kabba Roots et qui ont permis de dégager un bénéfice net de 7500 euros, qui permettront de poser la première pierre.
Mehdi, un des membres fondateurs est parti peu après sur l’île, à ses propres frais. Il y a rencontré les autorités administratives, et a ramené les premières autorisations, les premiers devis pour agrandir les voies menant au centre. Un projet de construction en France d’une maison adaptée au climat tropicale et acheminée ensuite là-bas est aussi à l’étude. Si cet élan de Solidarité est arrivé jusque dans les sphères du gouvernement jamaïcain, il est donc question maintenant d’aller présenter le programme d’échanges et la construction du centre aux autorités, en profitant du 40ème anniversaire de l’Alliance Française, avec qui ils entretiennent des relations solides.
Scali et Al repoussent donc leur voyage de quelques mois pour ne pas faire de faux-pas "pour être carré, car construire une maison n'est pas facile, et celà commence par les papiers, la Fondation". Et peut-être aussi en faisant appel à nos propres institutions, ce projet culturel original nécessitant tous les soutiens possibles. Mais Al l’a si bien dit au micro de Radio Grenouille Mardi dernier, "on se rend compte que ce qu'il s'est passé au Docks le 08 Fevrier, il va falloir le reproduire, pour pouvoir arriver à nos fins là-bas, et ouvrir ce Community Center".
United for Jamaïca 2 ? Restez connectés...
Moulon au Bar (Credit : Keuj)

lundi 22 août 2011

UN BON CRU DANS DE VIEUX FUTS...

DOCTEUR X-RAY speaking ! Encore en direct du Garance Festival... D’aucuns diront que ce genre de festival n’est plus de mon age, mais je défie quiconque de trouver un festival de musiques en France où la moyenne d'age des artistes est aussi élévée ! ! Avant de vivre ces moments avec mes enfants (si ils daignent que les accompagne !), j’ai encore quelques années devant moi, et les Jamaïcains présent à Bagnols sur Cèze ont prouvé eux aussi qu'ils avaient encore le dynamisme et l'authenticité pour régner dans ce rassemblement festif de taille ! Le souvenir des Jamaican Sunrise et autres Jah Sound (les précédentes éditions de ce Festival Reggae à Bagnols sur Cèze), et l’affiche inespérée promise cette année m’ayant rajeuni de 15 ans, j’ai donc fait mon sac, et avec d’autres potes (tous parents ou presque) nous sommes allés camper tranquille du coté des Cascades, pour nous préparer à quatre jours de concerts et sound-systems…

Et ne pas rater le début ! L’ouverture des portes avec un petit retard a vu s’engouffrer plus de 300 combattants, avec leur pass 4 jours ! Les purs et durs, les habitués et dingues de son ne pouvaient pas rater ce rendez-vous : Pour la première fois, un Sound System (en l’occurrence Soul Stereo de Paris) accueille le Team de Studio One, des chanteurs et DJ jamaïcains formant pour l’occasion une revue, s’exprimant en mode impro-sound sur les célèbres instrumentaux forgés par Coxsone et répétés par Fattah le selecta…
Dawn Penn
Winston Francis
Alpheus
Pas moins de dix artistes (pas des moindres) étaient annoncés, entrecoupé d’un concert Live de Burning Spear! Quelques doutes se sont posés quant à la participation de certains, surtout après une première partie de près de 2 heures où l’on n’avait vu que Alpheus, pour une bonne mise en bouche,  un Winston Francis efficace
pour maintenir le coté lover, et Dawn Penn qui n’a pas su ravir sa place inédite sur scène sans groupe derrière !...
WINSTON RODNEY the SPEAR
King Stitt a également fait son apparition pour deux morceaux, ce DJ légendaire au strabisme disgracieux conserve ses capacités de Mc, juste aidé pour monter sur scène jusqu’au micro. Fattah a cité tous les autres intervenants et aucun n’a manqué à l’appel. Ken Boothe était même déjà présent au point presse, mais n’a pas fait de guest meurtrier, il était annoncé seulement pour le lendemain. Plutôt que de résumer l’éclat du Spear, posé sur des riddims plus lents et avec toujours une aura très roots, place à l’improvisation, et à la force de communication de cette revue, avec la grosse surprise pour Carlton Livingston et le coup de grace de Lone Ranger !
Willie "Armagedon" Williams
Dillinger...
Willie Williams et Dillinger, les plus en demi teinte, mais pas pour les mêmes raisons : L'un pas à l'aise et meilleur en Live avec un groupe, l'autre ayant complètement passé à coté du Show vu son état...
LONE RANGER  ! ! !
CARLTON LIVINGSTON
Carlton Livingston l'a dit au micro, il est plus jeune que jamais avec ses semi accapellas, et Lone Ranger est de retour en France avec tous ces bruits familiers :
Boïng, skibit ! ... C'était le premier DJ à venir toaster de cette façon en France fin 80 à Paris !

Sur que ce show n'était pas tout à fait préparé, mais le selector parisien a du surement kiffer ces moments-là, présents autour d'artistes qui ont joué un role majeur dans la carrière de Mr Coxsone... On le voit ici avec Jim Brown (autre grosse surprise que ce DJ méconnu qui avait disparu depuis longtemps), Carlton Livingston et Dillinger, le lendemain du Set ! ! 
Après un tel déluge d'artistes sur scène, quelquefois pour une chanson à peine évoqué, ou pour des duos (voire trios) improvisés, le retour au camping s'est fait tout seul. On a pas pu bien voir tous les stands qui nous attendaient avec leurs vinyls, leurs accessoires Vert-Jaune-Rouge et leur odeurs d'épices qui montaient à nos papilles. Ni sentir les basses du Sound-system, qui était présent les quatre jours adossé de l'autre coté du Parc, avec un coté "amphi" qui rappellait l'Université du Dub à Luminy...

Ce sera chose faite dès le lendemain, avec un très bon programme coté Dub Station corner, entre le très moderne Sandeeno et le plus classique et très efficace Carl Meeks, et le son des allemands de Jahtari que l'on retrouvera en Octobre à Marseille.

L'équipe de Musical Riot est habitué de voir cette affluence, et controle à merveille son affaire, ils ont même invité Prince Jazzboe en dehors du site, pour une rencontre au micro assez mémorable parait-il !

Le stand de Musical Riot, face à l'espace Dub qu'ils organisent
Coté scène, ce sont d'autres vibes que l'on va partager, un reggae plus lent et innoffensif, de la première partie (Natty, peut mieux faire!) à Midnite, annoncé comme un grand come-back après leur première date fracassante à Bagnols, pour le Jahsound en 2005, concert qui les avaient alors révélé au public Français. Cette messe finale n'était somme toute pas si lente que celà, hypnotique et militante, ce concert était trop court et lechanteur n'a peut-être pas su dégager son charisme et son inspiration derrière un faciès absent et un drole de chapeau sur ses locks !
Vaugh Benjamin, une prestence quasi pharaonique...
Je ne vais pas convertir ceux qui ne sont pas rentrés dans ce shéma, mais j'avoue avoir vu de nombreux témoins embrasser la Cause. Il y avait en tout cas plus de magie et de vibes que les deux prestations précédentes, tout ce que l'on aime pas dans le Reggae...

Façon Disneyland avec un Cliff en mode Best of qui nous joue le Roi Lion sans aucune aura, ou façon Star Wars avec l'Empire Sly & Roobie qui nous la refait, en pire, avec leur guitariste nauséabond, et un manque de feeling certain. Comble du comble, le chanteur venu en Guest nous fera tomber son turban, et disparaîtra sans finir son show. Absurde et affligeant ! A ce train là, valait mieux encore rester dans l'époque bénie avec un Ken Boothe tout en puissance, très humble et démarrant son set par du Reggae Roots...
Les No More Babylon l'avaient déjà suivi dans des tours en Europe et en France, et même pour un cd Live... Le Papy avait beau marquer ses traits de Patriarche, il a su y ajouter un certain militantisme qui lui sied bien (ouah, ce final avec Freddom Street"), et qui le portera en digne vainqueur de la soirée.
Le Gladiator Clinton fearon

Pour Clinton Fearon, sous le soleil couchant du Gard, son set n'aura pas été asse puissant. Peut-être qu'il n'est pas si habitué aux grandes scènes, ou qu'il a été ceinturé par un sonorisateur peu convaincant (car dans l'ensemble, il y avait pour tous les shows un super son) !

Jimmy Cliff en Conférence de Presse
En tout cas, pour notre deuxième retour aux Cascades sous la nuit étoilée, la messe était dite : C'est dans les vieilles marmites que la soupe mijote longtemps et que son goût reste authentique ! On aurait même eu bien envie de sentir encore cette vibes Rock Steady les deux jours restants....

A DEMAIN POUR LA SUITE! UN GRAND MERCI A TOUHID POUR LES SUPERBES PHOTOS

Sly & Roobie en conférence de presse


samedi 2 avril 2011

MISSION 2011, OBJECTIF BABEL !:

La mission : Retrouver la trace du Reggae dans les musiques du monde. Objectif, la planète Babel Med, où un salon professionnel s’établit chaque année pour y présenter ses artistes en demande de concerts, et ses festivals en demande d’artistes. Localiser la Jamaïque dans ce dédale de stands est un parcours plutôt chaotique : Un retour en arrière nous prévient que les autres éditions du Babel Med n’exposaient guère plus les couleurs rasta - à l’exception de Baster de la Réunion et de repousses actuelles fleuretant avec le genre comme les locaux du Massilia, ou Rupa, Terrakota, et autres Novalima. Prenons garde et ouvrons l’œil ! Sa programmation est inversement proportionnelle à sa renommée internationale mais, plus grave, l’espèce originelle serait en voie d’extinction là-bas alors que des clones se reproduisent aux quatre coins du globe : On peine à trouver du renouveau sur l’île de la Jamaïque, alors que partout ailleurs, au travers de leur Histoire, chaque peuple a su donner un nouveau sens musical à leur message par le vecteur du Reggae… Aucun natif de l’île n’est donc visible ici, quelques spécimens déjà vus sur le terrain ont même disparu depuis, comme Makasound qui présentait « Inna de yard » l’an dernier, et qui a enterré son label il y a quelques semaines… Cette année, seul Music Action (regroupé avec Soulbeat Records) affiche clairement sa position, posters reggae et concert des Wailers annoncé derrière leur stand, mais peine à trouver un bilan positif de l’évènement, le Reggae traversant comme les autres le même nuage de crise! Alors quand on lui apprend qu’il y a quinze évènements reggae à Marseille le mois prochain, il sait que certains vont en pâtir… Alors pourquoi ce malaise ? Pourquoi cette mauvaise mise en valeur ? Le Reggae se décline en « une » des musiques du monde comme la Salsa ou le Kuduro pour tous ceux qui n’y voient que l’apanage nattes-ganja-trois couleurs rasta, mais il est classifié dans les musiques dites actuelles proche du Hip-hop pour tous les défenseurs de l’authenticité des musiques World… Pas assez typique car trop universel, c’est la rançon de son succès ! Les pays à l’Est de notre territoire ont digéré depuis bien longtemps les musiques à la sauce Reggae, et proposent souvent un échange et une mixité musicale dans leurs festivités world, pas nous. Il a fallu attendre ici l’explosion du Reggae français, une onde de choc qui a réveillé labels, producteurs et tourneurs. Revenu de cette vague éphémère, le Reggae Africain est le seul qui s’accroche au bateau en digne garant des musiques typiques noires, seul Takana Zion est donc « vendu » comme un pur produit reggae world sur le stand de son tourneur. Dire que les Jamaïcains ne comprenaient pas au départ pourquoi sur une affiche ils étaient écrit en plus petit que nos pousses locales (On se rappelle de Ras Michaël et Pierpoljack !...), Aujourd’hui, ils ne comprennent pas non plus comment ils n’ont pas profité de ce tsunami reggae en France. Dans cette exploration, on y découvrira donc d’authentiques passeurs (de Nouvelle Calédonie à Liverpool) mais on se rendra vite compte que quand on est indépendant et auto-labellisé, on n’a pas le même poids et on ne peut pas exiger les mêmes tarifs (les cachets d’artistes augmentant avec la baisse de leurs revenus sur le disque, beaucoup de Jamaïcains sont trop gourmands quand ils s’approchent de nous !). Si infime puisse en être les débouchés, le stand de la Guinée ou de la Somalie a certes eu le mérite de s’exposer à coté du Flamenco et des musiques plus nobles, plus « classe », avec à chaque fois des artistes de valeur. Mais lorsque l’on enquête sur les perles rares en Reggae, on a la mauvaise surprise de voir certains représentants nous dire qu’ils en ont pas (ou alors « un titre sur une compil », alors que rentré à la base, on en découvrira plusieurs…), et d’autres bien avares de renseignements (ou de cd) sur leurs progénitures (ont-ils écouté ce qu’ils vendent ?). Une sélection musicale vous permettra donc ici d’apprécier tous ceux qui trente ans après la mort de Marley, ont répandu son message dans le monde entier, et dont on a trouvé la trace sur ce salon, une empreinte que leurs représentants (tourneurs, producteurs) n’ont en majorité pas l’air de vouloir suivre ! Pour ne pas rentrer bredouilles, on a quand même du passer l’épreuve des cocktails apéros et accéder aux docks pour les trois soirs de concerts. Encore plus flagrant que les autres années, on se rend compte qu’un public se fédère autour des musiques du monde, et reçoit de manière positive des images musicales du Portugal, de l’Australie, de la Turquie, comme si ils avaient voyagé eux aussi… Coup de cœur pour le duo Juju, coup de fouet avec Fedayi Pacha, coup de blues avec la réunion d’artistes de Mayotte, coup de coude avec le final explosif des Watcha Clan, on a vécu encore de grands moments à ce Festival, immanquable même si il n’y a toujours pas la « Reggae vibes ». Résigné, On espère encore l’an prochain…

TOP TWELVE :


Banlieuz’Art : « Police », (auto-production Guinée) : Composez le 911 pour avoir le standard de Babylone ! Les vibes acoustiques de ces deux jeunes pousses guinéennes donnent à penser que l’avenir du Reggae se déroule en Afrique. Le rap s’est d’abord installé, mais son style urbain semble ne pas convenir à la souplesse de ce continent, alors que le Reggae a une place plus naturelle là-bas. A noter l’emploi d’un vocoder pour traduire la modernité de leur talent aux cotés d’instruments plus roots. Un vrai bonheur de démo pour ces « enfants du bled », à suivre…


Bomboro Kosso : « Natale », (trouvé sur le stand Rhone alpes, label Yes) : La relève de Tiken Jah et d’Alpha ! Empreint de beaucoup d’originalité, la musique de Kosso secoue, les arrangements de Bomboro sont intelligents, l’album « Gorée mon amour » nous emporte un peu partout en Afrique de l’Ouest, les textes sont traduits dans le livret, et pour couronner le tout, le seul guest de l’album est le groupe le plus influent de Jamaïque, les Mystic Revelation of Rastafari ! Un super album très bien produit, à l’égal de ses pairs…


Blue King Brown : « Never fade away » (groupe australien, pas d’album ni de stand, concert le Vendredi) : L’ovni du bout du monde ! Rien n’a filtré sur ce groupe jusqu’au concert, sauf une possible intervention de Roobie Shakespeare et Sly Dunbar pour l’enregistrement d’un de leurs titres ! Sur scène, c’est le fourre tout musical, un gros mix avec plein d’énergie : Beaucoup n’ont pas compris l’intérêt, il y a pourtant plein de bonnes idées, avec une délicieuse chanteuse qui peut faire penser à Nnekka, un percussionniste qui manie les timbales à toutes les sauces, et un groupe hyper soudé. La présentation des deux choristes (qui entonne No, no, no et Turn your lights down low) et les parties Dubs confirment leur inspiration jamaïcaine…


Anslom : « Dhem Dance » (cd sampler Mangrove, viennent de Papouasie nouvelle Guinée) : La vague du Pacifique. Le stand de Nouvelle Calédonie nous a présenté Naio (avec une vidéo live qui passe en boucle très intéressante) dont on reparlera surement, tant son Reggae est authentique… Il est vrai que le climat, les herbes locales, et le rythme de vie dans les atolls du Pacifique poussent naturellement à se bouger au son du Reggae, c’est peut-être l’éloignement qui a fait qu’aucun artiste n’a été encore découvert. Mais encore plus surprenant est leur son ULTRA moderne, avec par exemple ce titre qui pourrait faire fureur sur les plages de la Cote d’azur…Un big hit, même si c’est de loin le titre le moins roots de la compil…


JFK : « Let It Be » (groupe de Liverpool, album de 2006 trouvé sur le stand de son tourneur français) : Ainsi soit-il ! On a reproché à pas mal de groupes français de ne pas chanté dans leur langue, et de voir trahir leurs origines dans un accent anglais assez maladroit : Les marseillais des Messengers avaientt trouvé la parade, en engageant un chanteur Anglais, ce qui donne tout de suite beaucoup plus de valeur à leurs enregistrements. Pareil ici, avec ce band dont le leader chanteur vient de Liverpool… Du coup, une telle reprise se tient bien plus, l’album s’écoute, et l’on notera même la participation de Eldé, qui avait en son temps ouvert la voie à tous les artistes français qui se voulaient Reggae…


Toubab All Stars : « La plus belle » (from Paris, une production taxi-brousse) : Le ton bien de chez nous ! Quand on est français, on n’est pas forcément obligé de s’habiller vert jaune rouge et de se laisse pousser les locks pour faire du Reggae. Au contraire, il faut s’étendre à d’autres styles, ne pas se prendre la tête, et être imaginatif. Toubab All-stars l’ont compris et s’éclate bien, et leur label va plus loin, reprenant l’idée jamaïcaine du sound system ambulant pour le décliner lors de chaudes soirées groove à Paname… Peut-être la plus évidente preuve d’originalité nationale sur le salon, et avec des sons funky, cumbias ou africains, ils défendent leur place ici !


Takana Zion : « Love Fire » (de son second album Rasta Governement). La grogne rebelle des Noirs ! On redevient sérieux, intransigeant, et on s’écoute le seul album qui sur le salon n’est pas une découverte, le talent de cet artiste est reconnu et bien installé dans l’esprit des gens depuis son premier opus. Moins original mais plus efficace… Un antagonisme s’explique par des arrangements coordonnés (les chœurs masculins donnent de la virilité et son chant est « posé » comme à yard). On attend seulement de le voir déployer ses ailes sur Massilia, ce qui semble pas le cas cette année encore…


Djama Keita : « Criminel » (Martinique, mp3 récupéré sur le stand Afro-Caraïbes) La perle rare Pour trouver ce genre de sons, il faut être patient, avoir le regard affuté et l’oreille tendue. Petite production 100% efficace, ce genre d’artistes ne fait pas du bélé ou du gros Kwa, et donc ne peut s’afficher comme musique typique des Antilles. Mais son Dancehall n’est pas non plus yankee ou yardie, il a une spécificité et une couleur locale intéressante, peut-être un peu trop rebelle et sans concession (et surtout sans moyens !). Fait partie de cette légion d’artistes de ces départements français qui n’ont jamais fait le Babel… C’est pourtant ceux qui font l’actualité sur les sites spécialisés reggae, non ?


Degg Force 3 : « Coup de gong » (autoproduction Guinée) L’humeur rap s’assagit au son du Reggae… Encore une petite production africaine, largement inspiré du courant Rap et des rythmes digitaux. Mais quand ce genre de morceaux est réalisé en Afrique, il prend des couleurs, une chaleur, et un ton qui du coup devient plus humain que chez nos confrères ricains ou Français. Ils défendent cette touche musicale qui doit pour eux être le seul espoir pour sortir de leur quasi-anonymat. En attendant, ils multiplient les scènes à Conakry et en Afrique, et commence à récolter localement les fruits de leur travail…


Naby : « Dem naa » (Senegal, découverte RFI 2009, trouvé parmi le vaste catalogue du tourneur V.O music) Servi sur un plateau ! Entendons par là que ce label a le nez et l’exposition nécessaire pour faire briller « ses » artistes : Avec Monty Alexander, mais aussi des stars comme Kidjo, Bona, les Mahotella Queens ou Cheikh Lo, ils ont dû avoir du travail pendant ces trois jours ! L’année dernière, ils présentaient Vieux Farka Touré et surtout Yemen blues, la gros buzz de Babel Med en 2010…Mais ce Naby mérite aussi sa place, même si cette forêt de talents doit un peu lui faire de l’ombre… Considéré comme un talent émergent des musiques actuelles africaines (tiens donc, on ne parle pas de Reggae sur la plaquette…), son dernier opus « Dem Naa » a reçu le soutien de nombreux sponsors et est sorti sur le label Iris, distribué par Sony : Ca aide !


Fedayi Pacha – Pyramids (the sun), (concert le Vendredi, DJ set soutenu par Yes Music) : A l’Est du nouveau ! On avait osé depuis quelques années mettre dans la programmation du Babel Med des DJ, car ce sont eux les vecteurs principaux des rythmes du monde, ce Global Beat qui a permis à la World music de ne pas être qu’une musique ancestrale, ethnique, et écouté dans les magasins d’antiquité... En boîte de nuit aussi, on peut se divertir avec les sons des quatre coins du monde, on a eu cette année Shantel (très bon) et le Pacha (excellent), après le passage l’an dernier de El Hijo de la Cumbia ! Ces artistes sortent aussi des cd pour rentabiliser leurs performances live, à l’opposé des artistes musiciens qui auraient tendance à faire le contraire…


Watcha Clan – Tangos del Cachito (label Piranha, groupe marseillais, concert le samedi) Le bouquet final ! Même si je suis mal placé pour parler ouvertement de leur succès et de la liesse qu’ils ont provoquée au Babel, les 400 personnes entassés à l’extérieur et qui n’ont pu voir leur prestation scénique apportent la preuve d’une certaine consécration, avec un album percutant et produit de bout en bout … par eux-mêmes ! Un clin d’œil à la Soul et au peuple hispanique dans ce morceau qui comme tout l’album, n’a rien de Jamaïcain, mais conserve un petit je ne sais quoi de Reggae. C’est ce dosage minutieux qui les porte aujourd’hui, après leur avoir donné pendant longtemps cette fausse image galvaudée de groupe Reggae festif et marseillais… Ceux qui les connaissent savent bien qu’il n’en est rien, les rivages balkaniques et méditerranéens se sont télescopés ce soir là pour s’unir : « Out of many, one People »…


Chronique du pilote Docteur x-ray, lors de son récent voyage aux docks des suds pour le babel Med du 24 au 26 mars dernier... Merci à tous !


mardi 22 février 2011

Un super singe...


« Totalement imprévisible… ». C’est de cette manière dont Mad Professor nous parlait de son mentor, Lee Scratch Perry depuis l’incendie volontaire de son studio et son évasion musicale dans les montagnes suisses… Ils s’étaient rencontrés pour de nombreux projets, dont le premier Mystical Warrior aura été sans doute le plus constructif de tous. De ses expériences américaines baclées à la panique récente de ses White belly Rats, Lee Perry a frappé à la porte de nombreux briscards du métier, qui ont gardé avec lui des liens solides, difficile quand on en face de soi the Upsetter en personne : Adrian Sherwood a d’ailleurs retrouvé un jour chez lui sa télé enterrée dans le jardin, mais sans rancœur a continué de le produire, avec encore cette année "The mighty Upsetter", un album qui rappelle la pureté des lignes sonores de "Time boom X de Devil Dead"…

Compassion, soutien sans failles, ou respect aveugle, on a surtout dit que le génie était un savant fou et embobineur, et que ces frasques allaient de plus en plus de pair avec le nombre de verres d’alcool fort qui accompagnait sa consommation effrenée de ganja. Lee Perry s’était fait lui aussi spolié dans le passé, ce qui explique d’ailleurs la destruction de son studio avant son départ, par « sécurité » et pour ne rien laisser derrière lui. Sa folie était sans doute le voile qui lui permettait qu’on lui foute la paix, et le bouclier pour dégager tous les escros du métier ! Ce qui n'a pas empéché depuis de nombreux labels de sortir des albums de Scratch sans son autorisation, jusqu'au dernier en date (de 2010) "Mad Alien Dub" : On y retrouve des improvisations très surfaites, à coté d'anciens morceaux du Black Ark (non crédités) et de quelques petites merveilles (un magnifique "World Peace" ou "Jah Power" sur un riddim Revolution que 'on dirait issu du catalogue Ariwa...). L’ingénieur s’est retrouvé producteur puis aujourd’hui chanteur, quelque peu esseulé hors du vivier vocaliste des talents du ghetto jamaïcain. Il est devenu l’ombre de lui-même selon les spécialistes, mais reste une icône déjantée et vénérée pour tous ses nouveaux fans. Tellement habitué à des gigs ratés, des interventions anectotiques, et des longs disours en patois chevrotant qui n’atteignent pas les oreilles européennes, on avait tout de même un peu tiré vite un trait sur cette lignée royale du Dub, et enterré un des derniers témoins et principal instigateur de l’ascension du Prophète Marley et du mouvement Reggae en général…
L’actualité de ce vieillard de 74 ans est d’avoir fait rosir sa barbe, jammé avec George Clinton et Keith Richards sur un album, réalisé un clip très chaud plein de « pum pum », s’être entouré de muses comme Samia Farrah, et surtout d’une comptable-manageuse-femme d’affaire à l’expérience aussi affutée que n’était sulfureux ses anciens ébats dans le cinéma X et les maisons de passe…. Improbable et toujours en survie, le couple s’est séparé plusieurs fois, et elle regrettait souvent qu’il ne se laisse aller en coulisses à taquiner du goulot, avant d’emballer la gente féminine présente à ce moment-là : A Lyon il y a une dizaine d'années, il embarqua même avec lui deux poufs qui lui ont fait croire qu’elle étaient choristes. Pas de problème, le lendemain, il les exhibait sur scène, à Marseille, dans une tenue des plus légères, en les affublant de surnoms comme « monkeys » (singes), ce qui n’a fait réflechir personne. En effet, si la moquerie était gratuite et ressemblait à une supercherie de plus, ce choix délibéré de critiquer ce que l’on voit sur toutes les chaines de Télé avec leur R&B soyeux, sensuel et machiste était novateur, et donc voué à l’incompréhension...

Il a fallu un n-ième retour sur les routes europénnes dans la peau d’un shaman usé et essouflé, et la commémoration du Trentième anniversaire de la mort de Bob Marley, pour qu’il se regarde enfin dans un miroir et tire un trait sur ce passé de fouteur de merde. Son message aujourd’hui est simple, « souriez, c’est la seule façon de gagner la lutte contre Babylon ». On comprend alors rapidement la nature de ses plaisanteries exacerbées quand il nous lance avec le sourire que la joie est le seul pare feu à la violence : Lee Perry a donc fait le clown pendant tout ce temps, dans l’unique but de nous sauver, et sauver par là même sa chaotique fin de carrière…

Les candidats pour accompagner Lee sur scène à chaque tournée sont toujours différents, ne savant pas sur quel pied ils danseront, et doivent se retrouver à chaque fois dans des conditions optimum pour que cela fonctionne. Prenons un exemple : Imaginez-vous dans la peau d’un ingénieur du son, devant sonoriser le spectacle de Lee Perry, fàce au MEILLEUR des ingénieurs du son Reggae. On peut croire à une liesse verbale, point s’en faut, juste un regard lointain et le fauve disparaîtra... Difficile dans ces cas-là d'être confiant dans ses tournées, même si le vieux bonhomme n'a plus rien à prouver ! Cette année, un autre fauve, Dennis Bovell devait retrouver l’équipe du Charmax band, ce groupe qui s'est fait connaître avec Max Roméo (et qui porte le nom de son label), rehaussé d’un très bon guitariste français, Hughes, à l’origine du dernier enregistrement studio de Sugar Minott "Leave out of Babylon.

Avec seulement deux jours de répétition à Londres, la tournée n'a pas démarré de façon caustique ou détendue, mais de façon très aléatoire. Les deux premières dates n'avaient pas ce peps indispensable pour que Lee Perry puisse parfaire son message, maintenant sans lutins démoniaques qui l'incitent à éxagérer ses propos, mais avec toujours la volonté de montrer une certaine distance avec la Société, hilard dans ce monde de brutes !… Sa femme n’étant pas là, il conserve une garde féminine rapprochée avec sa fille à ses cotés. Simple et droit, il ne parle jamais beaucoup, et rentre directement à l’hotel à la fin de son show. On ne saura donc pas sa réaction quand un miracle a fait venir en lieu et place de Bovell, un ange gardien à la main d’acier, en la personne de Black Steel, guitariste mais ici bassiste, pour remonter la pente tout shuss, et prendre le tire fesse dans l’autre sens !

Cette année étant un cru très marley-isant, Lee Perry était aux premières loges pour effectuer un grand coup de balai dans la production de Tuff Gong : Un "Crazy Balhead" moins affuté que la "Small Axe", un "Sun is shining" moins brillant que "Duppy conqueror", le rite s’achèvera finalement avec "Curly locks", avant de prendre le virage de ses productions post-black ark, et sans y revenir... sauf en avignon, où il s'essaiera sur "War ina Babylon" pour la première fois en live. L'interprétation hasardeuse de ce refrain méga connu de Max Roméo, chanté faux par celui qui l'a enregistré, est le résumé même de tout le show : Après avoir tenté de recopier de très mauvaise façon le titre, il partira ensuite dans une impro bien sentie, où ses remarques et rimes claqueront sur les cordes de Black Steel avec une efficacité implacable...



On peut croire que personne n'irait voir une nouvelle fois ce témoin usé de l’Histoire, mais la salle en ce Lundi 21 Fevrier était pleine, les passagers du zinc ont communié avec la pèche de son dévot et jusqu’à la fin, car la banane brillait dans les regards : Le singe nous a donc encore appris quelquechose sur la Vie. The monkey speaks his mind… X-Ray.

Lee Perry & the Charmax Band en Avignon ce Lundi 21 Fevrier (merci à la salle les passagers du Zinc et à Finger, l'ingé-son ! ! )




Lee Perry & Adrian Sherwood - The mighty upsetter (2010, On-u sound) et sa version dub (DUB SETTER) en import japonais jusqu'à sa sortie toute récente sur le label de Sherwood, en vinyl et cd, pour célebrer l'anniversaire d'On-U Sound !! Avec aussi, Mad Alien Dub (2010, fake album)...